Combien de temps pour aller sur Mars ?
Comptez 6 à 9 mois pour rejoindre Mars avec une sonde robotique : Perseverance a mis exactement 203 jours, du 30 juillet 2020 au 18 février 2021, selon la NASA. Les trajets historiques s’étalent de 203 à 335 jours selon la position des deux planètes au départ. Pour un équipage, il faudrait viser 2 à 3 ans aller-retour : environ 6 à 9 mois de trajet dans chaque sens, plus une attente sur place imposée par la mécanique orbitale — ces durées habitées restent des projections, aucun vol n’ayant jamais été tenté. Et on ne part pas quand on veut : une fenêtre de tir favorable ne s’ouvre que tous les 26 mois environ. La prochaine se situe fin 2026, la suivante fin 2028, avec notamment le rover européen ExoMars Rosalind Franklin annoncé pour octobre 2028 (calendrier Launch Library 2, interrogé en juillet 2026).
Les durées réelles, sonde par sonde
La fourchette « 6 à 9 mois » circule partout, mais elle prend un autre relief quand on la confronte aux trajets réellement effectués. Le tableau ci-dessous compile cinq missions emblématiques : dates de lancement vérifiées dans la base Launch Library 2 (interrogée en juillet 2026), dates d’arrivée issues des fiches missions de la NASA et, pour Hope, de l’agence spatiale des Émirats.
| Mission | Départ | Arrivée à Mars | Durée du trajet |
|---|---|---|---|
| Mariner 4 (NASA, survol) | 28 novembre 1964 | 14-15 juillet 1965 | ≈ 228 jours |
| Viking 1 (NASA, orbiteur + atterrisseur) | 20 août 1975 | 19 juin 1976 (orbite) | ≈ 304 jours |
| Curiosity (NASA, rover) | 26 novembre 2011 | 6 août 2012 | ≈ 254 jours |
| Hope (Émirats, orbiteur) | 19 juillet 2020 | 9 février 2021 (orbite) | ≈ 205 jours |
| Perseverance (NASA, rover) | 30 juillet 2020 | 18 février 2021 | 203 jours |
Deux enseignements se dégagent. D’abord, aucune sonde n’a jamais fait le trajet en moins de six mois et demi : les « trois mois » parfois évoqués pour de futurs vaisseaux relèvent de la prospective, pas de l’historique. Ensuite, la durée dépend moins de la puissance de la fusée que de la géométrie du moment. Viking 1 a mis cent jours de plus que Perseverance, non parce que son lanceur Titan IIIE était poussif, mais parce que la configuration Terre-Mars de 1975 imposait une trajectoire plus longue. À noter : Viking 1 est restée un mois en orbite avant de poser son atterrisseur, le 20 juillet 1976, soit 335 jours après le départ si l’on compte jusqu’au sol.

Pourquoi 6 à 9 mois ? L’orbite de transfert expliquée
Une sonde ne fonce pas vers Mars en ligne droite. Elle emprunte une orbite de transfert de Hohmann : une demi-ellipse autour du Soleil, qui touche l’orbite de la Terre au départ et celle de Mars à l’arrivée. C’est le chemin le plus économe en carburant, et c’est lui qui fixe la durée du voyage, entre six et neuf mois selon les positions exactes des deux planètes.
Viser Mars, c’est l’équivalent de lancer une fléchette sur une cible qui court : on ne vise pas la planète là où elle est au moment du tir, mais là où elle sera plus de deux cents jours plus tard. Pendant que la sonde parcourt sa demi-ellipse, Mars avance sur son orbite ; le rendez-vous n’a lieu que si les deux trajectoires se croisent au même instant. Tout l’art des mécaniciens du vol consiste à calculer ce point de rencontre, puis à corriger la route en cours de croisière par petites impulsions.
Une question de vitesse au départ
Encore faut-il quitter la Terre. La sonde doit dépasser la vitesse de libération, environ 11,2 km/s selon la NASA, pour s’arracher à l’attraction terrestre — l’une des raisons pour lesquelles ces missions exigent des lanceurs lourds, souvent tirés au plus près de l’équateur pour profiter de la rotation de la Terre. Nous détaillons ce point dans notre article pourquoi les fusées décollent près de l’équateur. Une fois lancée, la sonde ne freine plus ni n’accélère franchement : elle suit sa course balistique autour du Soleil, et le temps de trajet est écrit dès les premières minutes.
La fenêtre de tir : un rendez-vous tous les 26 mois
La distance Terre-Mars varie énormément : d’environ 54,6 millions de kilomètres au minimum théorique à près de 401 millions de kilomètres quand les deux planètes sont de part et d’autre du Soleil, selon la NASA. Le record moderne de proximité date d’août 2003, avec 55,76 millions de kilomètres. Partir quand Mars est « proche » ne suffit pourtant pas : ce qui compte, c’est que la géométrie du transfert soit favorable au moment de l’arrivée.
Cette configuration se reproduit à chaque période synodique, soit environ 780 jours, un peu moins de 26 mois. D’où ces vagues de départs groupés : en juillet 2020, Hope, la mission chinoise Tianwen-1 et Perseverance ont quitté la Terre en onze jours d’intervalle, pour la même fenêtre. Rater le créneau coûte cher — l’Europe en sait quelque chose, elle qui a vu son rover ExoMars glisser de fenêtre en fenêtre depuis 2020.
Concrètement, d’après le calendrier Launch Library 2 interrogé en juillet 2026, la fenêtre de fin 2026 reste peu chargée côté missions confirmées : l’atterrisseur martien d’Impulse Space, lancé par la fusée Terran R de Relativity Space, y figure, mais sans date ferme. La fenêtre suivante, fin 2028, s’annonce plus dense, avec le rover européen ExoMars Rosalind Franklin annoncé pour octobre 2028 sur Falcon Heavy, pour une arrivée en 2030. Vous trouverez le détail de ces missions dans notre dossier exploration de Mars.

Et pour un équipage ? Deux à trois ans aller-retour
Pour des humains, l’aller simple ressemblerait à celui des sondes : 6 à 9 mois en trajectoire classique. C’est le retour qui change tout. Une fois sur place, l’équipage doit attendre que la fenêtre de retour s’ouvre à son tour — la même mécanique des 26 mois, dans l’autre sens.
Les études de la NASA distinguent deux scénarios. Le scénario « opposition », le plus court, limite la mission à environ 500 jours au total, avec un séjour martien réduit à quelques semaines et un retour plus gourmand en carburant. Le scénario « conjonction » impose environ 500 jours sur place et porte la mission complète à 1 000 jours ou plus, près de trois ans. SpaceX, de son côté, évoque des transits raccourcis pour son vaisseau Starship, mais ces durées relèveraient de performances jamais démontrées en vol : au premier semestre 2026, Starship n’avait encore rejoint ni l’orbite martienne ni même effectué de mission opérationnelle au-delà de l’orbite terrestre.
La durée n’est pas qu’une affaire de patience. Hors de la magnétosphère terrestre, l’équipage encaisserait des radiations galactiques et solaires pendant tout le voyage : l’instrument RAD de Curiosity a mesuré, durant son transit de 2011-2012, une dose équivalente à une part significative du plafond de carrière d’un astronaute, selon les résultats publiés par la NASA en 2013. Réduire le temps de vol est donc un enjeu de santé autant que de logistique — c’est tout l’argument des propulsions nucléaires thermiques ou électriques à l’étude, qui pourraient raccourcir le transit si elles volaient un jour.
Poursuivre
- Notre dossier complet : l’exploration de Mars, des sondes Viking aux projets habités.
- Toutes nos explications sur les planètes : rubrique Système solaire.
Questions fréquentes
Combien de temps dure un aller simple vers Mars ?
Entre 6 et 9 mois pour une sonde sur une trajectoire de transfert classique. Sur les cinq missions de notre tableau, le plus rapide est Perseverance (203 jours en 2020-2021), le plus long Viking 1 (304 jours jusqu’à l’orbite en 1975-1976), dates NASA et Launch Library 2 vérifiées en juillet 2026.
Combien de temps pour un aller-retour habité ?
Selon les architectures étudiées par la NASA, environ 500 jours en scénario « opposition » (séjour court) et près de trois ans en scénario « conjonction » (environ 500 jours sur place). Aucun vol habité vers Mars n’a jamais eu lieu : ces chiffres restent des projections.
Pourquoi ne peut-on partir que tous les 26 mois ?
Parce que la Terre et Mars ne retrouvent une géométrie favorable au transfert qu’à chaque période synodique, environ 780 jours. Hors de ces fenêtres, le trajet exigerait beaucoup plus de carburant ou de temps. Prochaines fenêtres : fin 2026, puis fin 2028 (départ d’ExoMars Rosalind Franklin annoncé pour octobre 2028).
Sources : fiches missions NASA (Mariner 4, Viking 1, Curiosity, Perseverance, mesures RAD 2013) ; agence spatiale des Émirats (Hope) ; base Launch Library 2 (The Space Devs), interrogée en juillet 2026 pour les dates de lancement et le calendrier des fenêtres 2026-2028 ; distances Terre-Mars selon la NASA. Données historisées dans notre base des lancements en français (DATA-BANK, ligne « Base des lancements en français »). Élise Delcourt mettra ce tableau à jour à chaque nouvelle mission martienne. Ce qu’on ignore encore : la durée réelle d’un vol habité vers Mars — tous les chiffres publiés, de la NASA comme de SpaceX, sont des projections qu’aucun équipage n’a jamais éprouvées.