Aller au contenu
Dernières Nouvelles du CosmosDNCDERNIÈRES NOUVELLES DU COSMOS
Système solaire

L’exploration de Mars : missions passées et à venir

Portrait illustré de Élise Delcourt

Élise Delcourt
astronomie-decouvertes,systeme-solaire

Le rover Perseverance à la surface de Mars, dans le cratère Jezero (NASA/JPL-Caltech)

Au 17 juillet 2026, huit missions sont opérationnelles sur ou autour de Mars : six orbiteurs (NASA, ESA, CNSA et Émirats arabes unis) et deux rovers américains, Curiosity et Perseverance — compilation DNC d’après les pages de mission officielles des agences, vérifiées ce jour. Le voyage vers la planète rouge dure de sept à dix mois selon la NASA, et une fenêtre de tir favorable ne s’ouvre que tous les 26 mois environ. Soixante et un ans après le premier survol réussi de Mariner 4, en 1965, Mars reste la planète la plus visitée du Système solaire — et la plus exigeante : environ une tentative sur deux s’est soldée par un échec, d’après le décompte historique de la NASA. Ce dossier fait le point, date par date, sur les missions passées, celles qui fonctionnent encore et celles qui doivent suivre — ces dernières au conditionnel, car rien n’est moins stable que le budget d’une mission martienne.

Combien de temps pour aller sur Mars ?

Comptez de sept à dix mois de croisière pour une sonde, selon la NASA — la durée exacte dépend de la trajectoire choisie et de la position des deux planètes au départ. Dans les faits, les missions récentes ont fait le trajet en un peu moins de sept mois : Perseverance a quitté la Terre le 30 juillet 2020 et s’est posé le 18 février 2021, soit 203 jours de vol.

Pourquoi ne pas partir n’importe quand ? Parce que la Terre et Mars ne tournent pas à la même vitesse autour du Soleil. Leur alignement favorable ne revient que tous les 26 mois environ : c’est la fameuse fenêtre de tir. C’est l’équivalent d’un bac qui ne traverse le fleuve que tous les deux ans et deux mois — si vous le manquez, personne ne viendra vous chercher sur le quai, vous attendez le suivant. Voilà pourquoi les lancements martiens arrivent par grappes : 2020 avait vu partir Perseverance, Tianwen-1 et la sonde émiratie Hope la même semaine.

Pour un équipage humain, l’équation se complique : il faudrait ajouter le séjour sur place et le retour, soit une mission complète de l’ordre de deux à trois ans selon les scénarios étudiés par la NASA. Nous détaillons les trajectoires, les records et le cas particulier du vol habité dans notre article dédié : combien de temps pour aller sur Mars.

Qui est actif sur et autour de Mars aujourd’hui ?

Les dossiers consacrés à Mars mélangent souvent missions mortes et missions vivantes. Voici l’état réel de la flotte, vérifié le 17 juillet 2026 sur les pages officielles de la NASA, de l’ESA et les communiqués de la CNSA.

8 missions opérationnelles sur ou autour de Mars au : 6 orbiteurs et 2 rovers. Compilation DNC d’après les pages de mission NASA, ESA et CNSA consultées ce jour.

Mission Type Agence À Mars depuis Statut au 17/07/2026
Mars Odyssey Orbiteur NASA 2001 Opérationnel — doyen de la flotte, plus de 100 000 orbites
Mars Express Orbiteur ESA 2003 Opérationnel — mission prolongée
Mars Reconnaissance Orbiter Orbiteur NASA 2006 Opérationnel — imagerie haute résolution
ExoMars Trace Gas Orbiter Orbiteur ESA 2016 Opérationnel — assure l’essentiel du relais de données des rovers
Tianwen-1 Orbiteur CNSA 2021 Opérationnel
Hope (Al-Amal) Orbiteur Émirats (MBRSC) 2021 Opérationnel — étude de l’atmosphère globale
Curiosity Rover NASA 2012 Opérationnel — cratère Gale
Perseverance Rover NASA 2021 Opérationnel — cratère Jezero, 26 échantillons scellés

Trois absences méritent d’être expliquées. L’orbiteur américain MAVEN, arrivé en 2014 pour étudier la fuite de l’atmosphère martienne, a cessé de répondre en décembre 2025 ; la NASA a officiellement mis fin à la mission le 3 juin 2026. Le rover chinois Zhurong, lui, est silencieux depuis son entrée en hibernation en mai 2022 : la CNSA n’a jamais annoncé son réveil, et nous le classons donc hors service. Enfin, les deux petits orbiteurs jumeaux de la mission ESCAPADE, lancés en novembre 2025, sont en route mais n’arriveront qu’en septembre 2027 selon la NASA.

Le rover Perseverance à la surface de Mars, dans le cratère Jezero (NASA/JPL-Caltech)
Crédit : NASA/JPL-Caltech/MSSS — selfie de Perseverance avec l’hélicoptère Ingenuity, cratère Jezero

Les grandes étapes de l’exploration martienne

1965-1976 : voir Mars, puis s’y poser

Le 15 juillet 1965, la sonde américaine Mariner 4 survole Mars et transmet 21 images d’une surface criblée de cratères : la planète des canaux imaginaires devient d’un coup un monde réel, et plutôt aride. En 1971, Mariner 9 devient le premier engin à se satelliser autour d’une autre planète, tandis que la sonde soviétique Mars 3 réussit le premier atterrissage en douceur — avant de se taire au bout d’une vingtaine de secondes de transmission. Le vrai tournant arrive en 1976 : les deux atterrisseurs américains Viking se posent, photographient le sol ocre et mènent les premières expériences de recherche de vie, aux résultats ambigus qui alimentent encore les discussions.

1997-2008 : l’ère des rovers commence

Après vingt ans sans le moindre atterrissage réussi, Mars Pathfinder se pose le 4 juillet 1997 avec Sojourner, un rover de 10,6 kg — le premier véhicule à rouler sur une autre planète. En janvier 2004, les jumeaux Spirit et Opportunity prennent le relais ; conçus pour 90 jours martiens, Opportunity roulera plus de 14 ans, jusqu’à la tempête de poussière globale de 2018. En 2008, l’atterrisseur Phoenix confirme au contact la présence de glace d’eau sous la surface polaire.

2012-2021 : laboratoires roulants et nouveaux venus

En août 2012, Curiosity — 899 kg, un laboratoire de chimie sur six roues — se pose dans le cratère Gale par la spectaculaire manœuvre de la grue volante. L’atterrisseur InSight suit en 2018 et détectera 1 319 séismes martiens avant l’épuisement de ses panneaux solaires fin 2022, selon la NASA. L’année 2021 est la plus dense de l’histoire martienne : la sonde émiratie Hope s’insère en orbite, la Chine réussit du premier coup le triplé orbiteur-atterrisseur-rover avec Tianwen-1 et Zhurong, et Perseverance se pose dans le cratère Jezero, un ancien delta de rivière, pour environ 2,7 milliards de dollars sur l’ensemble de la mission d’après les documents budgétaires de la NASA (2020). Son passager Ingenuity, premier hélicoptère extraterrestre, effectuera 72 vols avant d’endommager ses pales en janvier 2024 — on lui en demandait cinq.

L'hélicoptère Ingenuity photographié à la surface de Mars pendant sa campagne de vols (NASA/JPL-Caltech)
Crédit : NASA/JPL-Caltech/ASU/MSSS

Ce que Mars nous a appris

Le principal acquis tient en une phrase : Mars a été un monde d’eau. Les hématites d’Opportunity, les galets roulés de Curiosity et les argiles du cratère Gale racontent des lacs et des rivières ayant persisté des millions d’années, il y a plus de trois milliards d’années. Perseverance échantillonne aujourd’hui le delta fossile de Jezero précisément parce qu’un tel environnement aurait pu, sur Terre, abriter la vie microbienne.

Le dossier du méthane, lui, reste ouvert — et c’est un vrai désaccord de données, pas un effet d’annonce. Curiosity mesure depuis 2013 des variations saisonnières de méthane au fond du cratère Gale, alors que le Trace Gas Orbiter de l’ESA, conçu justement pour traquer ce gaz, n’en détecte pas les concentrations attendues depuis l’orbite. Sur Terre, le méthane est majoritairement d’origine biologique, mais des processus géologiques peuvent aussi en produire ; tant que la contradiction entre les deux instruments n’est pas résolue, aucune conclusion ne tient. Quant à la terraformation de Mars, elle relève à ce jour de la spéculation : aucune agence n’a de programme en ce sens.

Ces découvertes éclairent aussi le reste du Système solaire : comprendre pourquoi Mars a perdu son eau et son atmosphère, c’est comprendre ce qui a préservé la Terre. Même logique de contexte pour les petits corps : notre dossier sur la ceinture d’astéroïdes montre ce que ces vestiges racontent de la formation des planètes.

Les missions à venir : tout au conditionnel

Côté Europe, le rover ExoMars Rosalind Franklin devrait partir entre octobre et décembre 2028 pour un atterrissage visé en 2030, selon l’ESA — la mission, retardée par la rupture avec la Russie en 2022, est confirmée et en phase de tests. Sa foreuse de deux mètres irait chercher d’éventuelles traces de vie à une profondeur jamais atteinte.

Le retour d’échantillons martiens (Mars Sample Return), lui, traverse une zone de fortes turbulences. Le programme conjoint NASA-ESA, censé rapporter les tubes scellés par Perseverance, a vu son coût estimé grimper jusqu’à 11 milliards de dollars par la revue indépendante de septembre 2023, et la proposition de budget fédéral américain pour l’exercice 2026 en demandait purement et simplement la suppression. La NASA étudie des architectures allégées, mais au 17 juillet 2026, ni le calendrier ni le financement ne sont arrêtés. Pendant ce temps, la Chine vise avec Tianwen-3 un retour d’échantillons plus simple, avec un lancement annoncé vers 2028 — si ce calendrier tient, les premiers grammes de Mars rapportés sur Terre pourraient être chinois.

Et l’homme sur Mars ? Aucune date n’est acquise, et il faut se méfier de toute affirmation contraire. La NASA situe ses ambitions martiennes « dans les années 2030 » au mieux, après les missions lunaires Artemis qui doivent d’abord valider les technologies. SpaceX développe Starship avec Mars en objectif affiché, mais aucun calendrier martien officiel et engageant n’existe à ce jour. Les obstacles sont documentés : radiations pendant le voyage, ravitaillement impossible, atterrissage de charges lourdes, et cette mécanique orbitale qui impose de partir tous les 26 mois ou d’attendre.

Ce qu’on ne sait toujours pas

Six décennies d’exploration ont surtout affiné les questions. Y a-t-il eu de la vie sur Mars ? Les environnements habitables sont démontrés, la vie ne l’est pas — et la réponse dort peut-être dans les 26 échantillons que Perseverance a scellés et que personne, pour l’instant, n’est financé pour aller chercher. D’où vient le méthane de Curiosity que l’orbiteur européen ne voit pas ? Reste-t-il de l’eau liquide en profondeur, comme le suggéraient les échos radar de Mars Express, toujours débattus ? Et un équipage peut-il survivre à un aller-retour de plus de deux ans ? Personne ne l’a démontré. C’est l’état honnête du dossier martien en juillet 2026 : une flotte de huit machines au travail, des archives d’eau ancienne, et les questions les plus importantes encore sans réponse. Nous mettrons ce dossier à jour à chaque évolution vérifiée du statut des missions.

En attendant les prochaines arrivées, Mars s’observe aussi depuis votre jardin : autour d’une opposition, un instrument modeste suffit à distinguer sa calotte polaire. Notre guide quel télescope pour observer les planètes vous aide à choisir sans vous ruiner.

FAQ — Exploration de Mars

Combien de temps faut-il pour aller sur Mars ?

De sept à dix mois pour une sonde, selon la NASA. Perseverance a mis 203 jours en 2020-2021. Pour un équipage, la mission complète (aller, séjour, retour) durerait de deux à trois ans selon les scénarios étudiés.

Quels rovers sont encore actifs sur Mars en 2026 ?

Deux rovers fonctionnent au 17 juillet 2026 : Curiosity (cratère Gale, depuis 2012) et Perseverance (cratère Jezero, depuis 2021), tous deux de la NASA. Le rover chinois Zhurong est silencieux depuis mai 2022.

Pourquoi ne lance-t-on vers Mars que tous les 26 mois ?

Parce que la Terre et Mars ne sont favorablement alignées qu’environ tous les 26 mois. Lancer en dehors de cette fenêtre de tir demanderait beaucoup plus de carburant, au détriment de la charge utile.

Quand l’homme ira-t-il sur Mars ?

Aucune date n’est fixée. La NASA évoque au mieux les années 2030, après les missions lunaires Artemis. SpaceX affiche Mars comme objectif de Starship, sans calendrier officiel engageant. Toute date précise annoncée aujourd’hui relève de l’intention, pas du fait.

Qu’est-ce que Mars Sample Return ?

Un programme NASA-ESA visant à rapporter sur Terre les échantillons scellés par Perseverance. Son coût, estimé jusqu’à 11 milliards de dollars par une revue indépendante en 2023, l’a mis en danger : la proposition de budget américain 2026 demandait son annulation et son architecture est en cours de refonte.

À lire dans la même rubrique