Astéroïde géocroiseur : définition et surveillance
Un astéroïde géocroiseur (NEO, pour Near-Earth Object) est un astéroïde dont l’orbite l’amène à moins de 1,3 unité astronomique du Soleil, soit environ 195 millions de kilomètres — assez près pour croiser le voisinage de la Terre. Au 17 juillet 2026, le CNEOS, le centre du JPL chargé de leur suivi, en recense 42 220, dont 2 545 classés « potentiellement dangereux » (PHA) parce qu’ils passent à moins de 0,05 UA de l’orbite terrestre et mesurent plus de 140 mètres environ (magnitude absolue H inférieure à 22). Aucun d’entre eux ne présente de risque d’impact connu à ce jour. Cet article détaille ces seuils, le tableau des prochaines approches proches recalculé depuis l’API du JPL, et l’état de la défense planétaire après la mission DART.
Article mis à jour le 17 juillet 2026. Le tableau des approches proches est recalculé à chaque mise à jour.
Géocroiseur : la définition exacte, sans le frisson
Le terme officiel est objet géocroiseur, ou NEO. Quand il s’agit d’un astéroïde — et non d’une comète —, on parle de NEA (Near-Earth Asteroid). Le critère est purement orbital : le périhélie de l’objet, son point le plus proche du Soleil, se situe à moins de 1,3 UA. La Terre orbitant à 1 UA, un géocroiseur évolue donc dans notre région du système solaire, sans forcément jamais nous frôler.
Les astronomes classent ces objets en quatre familles selon la forme de leur orbite :
- Les Atens : orbite plus petite que celle de la Terre, mais qui la coupe.
- Les Apollos : orbite plus grande que celle de la Terre, qui la coupe également — c’est la famille la plus nombreuse.
- Les Amors : orbite entièrement extérieure à celle de la Terre, qui s’en approche sans la croiser.
- Les Atiras : orbite entièrement intérieure à celle de la Terre, les plus difficiles à observer car toujours proches du Soleil dans le ciel.
La plupart de ces corps proviennent de la ceinture principale, entre Mars et Jupiter, d’où les résonances gravitationnelles avec Jupiter les délogent lentement. Nous détaillons ce réservoir dans notre article sur la ceinture d’astéroïdes.
« Potentiellement dangereux » : ce que le seuil veut vraiment dire
Un astéroïde potentiellement dangereux (PHA) cumule deux critères, définis par l’Union astronomique internationale : sa distance minimale à l’orbite terrestre est inférieure à 0,05 UA, soit environ 7,5 millions de kilomètres, et sa magnitude absolue H est inférieure à 22, ce qui correspond à un diamètre supérieur à 140 mètres environ pour une réflectivité moyenne.
Il faut mesurer ce que 0,05 UA représente : près de 19 fois la distance Terre-Lune. « Dangereux » au sens astronomique, c’est l’équivalent d’un camion qui passe à trois rues de chez vous — on note son existence dans un registre, on vérifie sa trajectoire, mais il ne roule pas vers votre porte. Le classement PHA signale un objet à surveiller sur des siècles, pas une menace imminente.
Pour hiérarchiser un éventuel risque, les astronomes utilisent deux échelles. L’échelle de Turin, graduée de 0 à 10, est conçue pour le grand public : la quasi-totalité des objets connus sont à 0. L’échelle de Palerme, logarithmique, sert aux spécialistes à comparer une probabilité d’impact au risque de fond naturel. Le record historique sur l’échelle de Turin appartient à Apophis, brièvement classé au niveau 4 fin 2004, avant que de nouvelles observations ne le ramènent à 0.
Les prochaines approches proches, recalculées au 17 juillet 2026
Le tableau ci-dessous liste les approches à moins de 5 distances lunaires (LD) inscrites au calendrier du JPL d’ici fin 2026. Nous l’avons extrait de l’API CAD du CNEOS, interrogée le 17 juillet 2026 ; les diamètres sont estimés à partir de la magnitude H en supposant une réflectivité moyenne (albédo 0,14), avec la marge d’incertitude que cela implique. Fait notable : une seule de ces approches passe sous la distance de la Lune.
| Objet | Date (UTC) | Distance | Diamètre estimé |
|---|---|---|---|
| 2025 MB90 | 19 juillet 2026 | 4,96 LD | ~54 m |
| 2025 AL2 | 16 août 2026 | 2,19 LD | ~100 m |
| 2015 TS238 | 8 octobre 2026 | 4,72 LD | ~30 m |
| 2022 UP6 | 15 octobre 2026 | 2,61 LD | ~8 m |
| 2025 UK9 | 31 octobre 2026 | 0,82 LD | ~4 m |
| 2019 XF2 | 4 décembre 2026 | 3,10 LD | ~14 m |
| 2010 VQ | 12 décembre 2026 | 4,56 LD | ~10 m |
Ce calendrier n’est jamais définitif : la majorité des petits objets qui passent sous la distance lunaire sont découverts quelques jours, parfois quelques heures, avant leur passage. Le tableau grossira donc à mesure que les relevés du ciel feront leur travail — c’est le fonctionnement normal du système, pas une faille.
Qui surveille le ciel, et comment
La surveillance repose sur une chaîne bien rodée. En amont, des relevés automatisés balaient le ciel chaque nuit : le Catalina Sky Survey en Arizona et Pan-STARRS à Hawaï assurent l’essentiel des découvertes depuis vingt ans. Les observations remontent au Minor Planet Center, qui centralise les positions, puis deux centres de calcul déterminent les orbites et les probabilités d’impact : le CNEOS du JPL, côté NASA, et le NEOCC de l’ESA, rattaché à son Planetary Defence Office.
Deux instruments doivent changer l’échelle de cette veille. L’observatoire Vera C. Rubin, au Chili, a livré ses premières images en juin 2025 et devrait, selon les projections publiées par la NASA et l’équipe du projet, découvrir en quelques années davantage de géocroiseurs que tous les programmes précédents réunis. Et le télescope spatial NEO Surveyor, dont la NASA annonce le lancement au plus tôt en 2027, observera dans l’infrarouge — la seule façon fiable de repérer les objets sombres et ceux qui arrivent depuis la direction du Soleil.
Certains géocroiseurs sont d’ailleurs devenus des destinations : la sonde OSIRIS-REx a rapporté en septembre 2023 des échantillons de Bénou, un PHA d’environ 500 mètres, précisément parce que ces objets sont à la fois accessibles et scientifiquement précieux.
Apophis, le rendez-vous du 13 avril 2029
Apophis, un astéroïde d’environ 340 mètres, passera le 13 avril 2029 à quelque 31 600 kilomètres de la surface terrestre, selon le JPL — plus bas que les satellites géostationnaires, qui orbitent à 35 786 kilomètres. Il sera visible à l’œil nu depuis une partie de l’Europe, de l’Afrique et de l’Asie. Les mesures radar de 2021 ont permis au CNEOS d’exclure tout impact pour au moins un siècle : ce passage sera une occasion d’observation exceptionnelle, pas un danger. L’ESA prépare d’ailleurs la mission Ramses pour l’accompagner et mesurer comment la gravité terrestre déforme l’astéroïde au passage.
DART et Hera : la défense planétaire est passée aux travaux pratiques
Le 26 septembre 2022, la sonde DART de la NASA a percuté volontairement Dimorphos, la petite lune de l’astéroïde Didymos, à environ 22 500 km/h. Résultat mesuré : la période orbitale de Dimorphos autour de Didymos a été raccourcie d’environ 33 minutes, selon la NASA — bien au-delà du minimum de 73 secondes qui aurait suffi à déclarer le test réussi. C’était la première démonstration grandeur nature qu’on peut dévier un astéroïde par impact cinétique.
La suite s’écrit en ce moment : la sonde européenne Hera, lancée en octobre 2024, doit arriver autour de Didymos fin 2026, selon l’ESA, pour mesurer précisément le cratère et la masse de Dimorphos. Sans ces données, l’efficacité réelle de la méthode resterait une estimation.
Le vrai sujet : les objets qu’on ne voit pas venir
Le 15 février 2013, un objet d’environ 20 mètres a explosé au-dessus de Tcheliabinsk, en Russie, blessant près de 1 500 personnes, essentiellement par bris de vitres, selon les bilans publiés par les autorités russes et repris par la NASA. Personne ne l’avait vu venir : il arrivait depuis la direction du Soleil. En 1908, l’événement de la Toungouska — un objet estimé à 50-60 mètres — avait couché 2 000 km² de forêt sibérienne.
C’est le trou dans la raquette actuel : les objets de 20 à 50 mètres, trop petits pour être suivis systématiquement, assez gros pour endommager une région. Si un astéroïde brillant vous intrigue, sachez qu’on peut en observer certains aux jumelles ou au télescope lors de leur opposition — notre guide pour débuter l’observation du ciel explique par où commencer.
Ce qu’on ignore encore, et qu’il faut dire : la population réelle des géocroiseurs de moins de 50 mètres reste très largement inconnue — les 42 220 objets recensés ne sont qu’une fraction des petits corps existants. On ignore aussi si la déviation cinétique validée par DART fonctionnerait pareil sur un astéroïde d’une autre composition que Dimorphos, un agrégat de gravats très peu cohésif. Hera apportera une partie de la réponse fin 2026 ; NEO Surveyor et Rubin, le reste de l’inventaire. D’ici là, le registre s’allonge chaque nuit, et c’est exactement ce qu’on lui demande.
Questions fréquentes
Apophis va-t-il toucher la Terre en 2029 ?
Non. Les mesures radar de 2021 ont permis au JPL d’exclure tout impact d’Apophis pour au moins 100 ans. Le 13 avril 2029, il passera à environ 31 600 km de la surface, sous l’altitude des satellites géostationnaires, et sera visible à l’œil nu depuis une partie de l’ancien monde.
Qui surveille les astéroïdes géocroiseurs ?
Les découvertes viennent surtout de relevés automatisés (Catalina Sky Survey, Pan-STARRS, bientôt l’observatoire Vera Rubin et le télescope spatial NEO Surveyor). Les orbites et les risques sont calculés par le CNEOS du JPL (NASA) et par le Planetary Defence Office de l’ESA, qui publient leurs données librement.
Que se passerait-il si un risque d’impact réel était détecté ?
Les agences disposent d’une chaîne d’alerte internationale (réseau IAWN, groupe SMPAG sous l’égide de l’ONU) qui évaluerait l’objet, affinerait sa trajectoire et étudierait une mission de déviation. La méthode de l’impact cinétique a été validée en conditions réelles par DART en 2022 ; plus l’alerte est précoce, plus une petite poussée suffit.