Starship : le dossier du lanceur géant de SpaceX
Starship est le lanceur super-lourd de SpaceX : environ 121 mètres de haut pour 9 mètres de diamètre, deux étages — le booster Super Heavy et le vaisseau Ship — et près de 7 600 tonnes de poussée au décollage, selon les chiffres publiés par SpaceX. C’est la fusée la plus puissante jamais lancée. Au 17 juillet 2026, notre base des lancements recense 12 vols d’essai intégrés depuis le 20 avril 2023, dont 7 classés réussis (base des lancements DNC via Launch Library 2, juillet 2026). Le prochain vol, Flight 13, est programmé au 20 juillet 2026, date encore à confirmer. Ce dossier rassemble la fiche technique, l’historique complet des vols et l’état réel du programme : ce qui est démontré, ce qui reste à prouver.
Cette page est un dossier vivant : nous la mettons à jour après chaque vol, avec la date de révision et le statut relevé dans notre base des lancements. Les faits marquants proviennent des retransmissions officielles de SpaceX ; les statuts de vol sont ceux de Launch Library 2, extraits le 17 juillet 2026. Tout objectif non encore atteint est présenté au conditionnel, avec la date de son annonce.

Fiche technique : les chiffres publiés par SpaceX
Les dimensions et performances ci-dessous sont celles communiquées par SpaceX sur sa fiche officielle du véhicule, arrondies, telles que publiées en juillet 2026. La capacité d’emport en version entièrement réutilisable reste un objectif annoncé : elle n’a pas encore été démontrée avec une charge utile opérationnelle de cette masse.
| Caractéristique | Valeur (selon SpaceX, juillet 2026) |
|---|---|
| Hauteur totale | environ 121 m |
| Diamètre | 9 m |
| 1ᵉʳ étage — Super Heavy | environ 71 m, 33 moteurs Raptor |
| 2ᵉ étage — Ship | environ 50 m, 6 moteurs Raptor (3 atmosphériques, 3 optimisés pour le vide) |
| Ergols | méthane et oxygène liquides (« methalox ») |
| Poussée au décollage | près de 7 600 tonnes |
| Capacité visée en orbite basse | 100 à 150 t en version réutilisable (objectif annoncé, non démontré) |
| Site de lancement | Starbase, Boca Chica (Texas), sous licence FAA |
Un rappel pour situer l’engin : la Saturn V du programme Apollo mesurait 110,6 m et développait environ 3 400 tonnes de poussée lors de ses vols entre 1967 et 1973. La N1 soviétique, sa rivale à 105 m, a échoué à ses quatre tentatives entre 1969 et 1972. Starship est donc le premier lanceur à dépasser physiquement les géants de la course à la Lune — en taille comme en poussée. La différence de philosophie est ailleurs : Saturn V était intégralement perdue à chaque vol, quand SpaceX conçoit les deux étages de Starship pour être récupérés puis relancés.
Historique complet des vols intégrés
Le tableau ci-dessous compile les 12 vols d’essai intégrés — Super Heavy et Ship empilés — effectués depuis Starbase. C’est la donnée que peu de médias francophones tiennent à jour : la plupart couvrent le dernier vol, rarement la série complète. Notre base recense aussi, pour mémoire, 9 essais de prototypes entre juillet 2019 et mai 2021 (sauts de 20 à 150 mètres, puis vols à 10-12 km des SN8 à SN15), dont 6 classés réussis.
| N° | Date | Vol | Fait marquant | Statut (Launch Library 2) |
|---|---|---|---|---|
| 1 | 20 avril 2023 | IFT-1 | Perte du lanceur avant la séparation des étages | Échec |
| 2 | 18 novembre 2023 | IFT-2 | Séparation à chaud réussie, les deux étages perdus ensuite | Échec partiel |
| 3 | 14 mars 2024 | IFT-3 | Vitesse quasi orbitale atteinte, Ship perdu à la rentrée | Réussite |
| 4 | 6 juin 2024 | IFT-4 | Amerrissages contrôlés du booster et du Ship | Réussite |
| 5 | 13 octobre 2024 | IFT-5 | Première capture du Super Heavy par la tour de lancement | Réussite |
| 6 | 19 novembre 2024 | IFT-6 | Amerrissage du Ship ; capture du booster annulée en vol | Réussite |
| 7 | 16 janvier 2025 | Flight 7 | Ship de 2ᵉ génération perdu en ascension, booster capturé | Échec |
| 8 | 6 mars 2025 | Flight 8 | Ship perdu à nouveau en ascension, booster capturé | Échec |
| 9 | 27 mai 2025 | Flight 9 | Premier Super Heavy réutilisé ; Ship perdu | Échec |
| 10 | 26 août 2025 | Flight 10 | Objectifs remplis, dont le largage de simulateurs Starlink | Réussite |
| 11 | 13 octobre 2025 | Flight 11 | Vol nominal de bout en bout | Réussite |
| 12 | 22 mai 2026 | Flight 12 | Vol classé réussi | Réussite |
12 vols d’essai intégrés de Starship ont eu lieu entre le et le , dont 7 classés réussis (soit 58 %), 1 échec partiel et 4 échecs — base des lancements DNC via Launch Library 2, relevé du .
La lecture chronologique dit quelque chose que le taux global masque : les quatre premiers échecs ne sont pas répartis au hasard. Les deux premiers vols de 2023 essuyaient les plâtres du lanceur complet ; les trois échecs consécutifs de 2025 correspondent à l’introduction du Ship de deuxième génération, perdu trois fois en ascension avant que la série ne se redresse à partir d’août 2025. Depuis, trois vols consécutifs sont classés réussis. Les requêtes « starship explosion » qui suivent chaque vol trouvent ici leur réponse factuelle : oui, des véhicules ont été détruits — c’est documenté vol par vol ci-dessus — et cela relève de la méthode d’essais en conditions réelles assumée par SpaceX, qui l’oppose publiquement au développement tout-au-sol de Saturn V.

À quoi Starship doit servir
Artemis et l’atterrisseur lunaire HLS
En avril 2021, la NASA a retenu une version modifiée de Starship comme atterrisseur lunaire habité (HLS, Human Landing System) du programme Artemis, pour un contrat de 2,89 milliards de dollars, selon l’annonce officielle de la NASA. Si le calendrier se confirme, ce vaisseau devrait déposer les astronautes de la mission Artemis III près du pôle sud lunaire — une échéance plusieurs fois repoussée depuis l’annonce initiale. Le jalon le plus structurant reste devant : le transfert d’ergols en orbite entre deux Starship, indispensable pour remplir les réservoirs de l’atterrisseur avant son départ vers la Lune, que la NASA cite comme étape contractuelle et qui n’a pas encore fait l’objet d’une démonstration publique complète à la date de rédaction.

Starlink en masse
Le débouché commercial le plus immédiat serait le déploiement des satellites Starlink de nouvelle génération, plus lourds et plus larges que ce que la Falcon 9 peut emporter. Les vols d’essai ont déjà largué des simulateurs de ces satellites — notamment lors du vol du 26 août 2025 —, mais aucune mise en service opérationnelle de satellites Starlink par Starship ne figurait dans notre base au 17 juillet 2026. Si la cadence promise se matérialisait, chaque vol pourrait emporter davantage de capacité que plusieurs lancements de Falcon 9 réunis.
Mars, l’horizon affiché
SpaceX présente depuis 2016 Starship comme le véhicule de la colonisation martienne, et Elon Musk a évoqué à plusieurs reprises des vols non habités vers Mars lors des fenêtres de tir favorables. Aucune de ces dates annoncées n’a été tenue à ce jour, et aucun élément de notre base ne documente un vol martien programmé de façon ferme. Nous en resterons donc au conditionnel : Mars est l’objectif affiché du programme, pas une échéance vérifiable.
Réutilisation : où en est-on vraiment
C’est la question qui décide de tout le modèle économique, et le bilan est contrasté selon l’étage. Côté booster, la démonstration est faite : première capture du Super Heavy en plein vol par les bras de la tour de lancement — la fameuse « Mechazilla » — le 13 octobre 2024, captures répétées début 2025, puis premier vol d’un booster déjà utilisé le 27 mai 2025. Côté Ship, le compte n’y est pas encore : au début de 2026, aucune réutilisation d’un étage supérieur n’avait été démontrée publiquement, les vols réussis s’achevant par des amerrissages contrôlés dans l’océan Indien et non par une récupération.
La nuance mérite d’être posée, car elle sépare Starship de tout ce qui existe : la Falcon 9 ne récupère que son premier étage, quand Starship vise la récupération des deux. Le premier objectif est atteint et même dépassé — la capture par la tour évite les pieds d’atterrissage et leur masse —, le second reste un chantier. Pour comprendre la mécanique de ces retours — rallumages de moteurs, basculement, précision au mètre —, nous détaillons le principe dans notre article Fusée réutilisable : comment ça marche.
Ce qui reste à démontrer
Un dossier honnête liste aussi les cases non cochées. Au 17 juillet 2026, trois jalons majeurs annoncés par SpaceX ou requis par la NASA n’avaient pas fait l’objet d’une démonstration publique documentée dans notre base :
- Le transfert d’ergols en orbite entre deux vaisseaux, étape contractuelle du programme HLS selon la NASA, sans laquelle ni la Lune ni Mars ne sont accessibles à pleine charge.
- La récupération puis la réutilisation du Ship, second étage compris, condition de la réutilisation totale qui fonde les promesses de coût.
- Une cadence de vol soutenue : 12 vols intégrés en trois ans, c’est un rythme d’essais, pas encore un rythme opérationnel — la Falcon 9 vole, elle, plusieurs fois par semaine.
Le coût, grande inconnue
SpaceX ne publie ni prix catalogue ni coût de production pour Starship, et nous ne relayons pas les estimations invérifiables qui circulent. Le seul montant public solide reste le contrat HLS de la NASA : 2,89 milliards de dollars, annoncés en avril 2021 pour le développement de l’atterrisseur lunaire — un prix de développement, pas un prix par vol. Les déclarations d’intention sur un coût marginal très bas supposent la réutilisation totale, précisément le point non démontré ci-dessus. Pour situer ces ordres de grandeur face aux lanceurs existants, notre dossier Combien coûte un lancement de fusée ? compile les prix publics datés.
Suivre les prochains vols
Le vol Flight 13 est inscrit au 20 juillet 2026 dans Launch Library 2, avec un statut « à confirmer » au moment où nous écrivons — les dates de Starship glissent souvent de quelques jours, au gré des essais au sol et des autorisations de la FAA. Le moyen le plus fiable de ne rien manquer reste le webcast officiel de SpaceX, complété par les applications de suivi de lancements que nous avons comparées dans notre sélection des meilleures applications d’astronomie. Notre rubrique Lancements & missions publie par ailleurs un article de synthèse après chaque vol, et ce dossier est révisé dans la foulée. Ce que nous ne savons pas encore, et que les prochains vols diront : si la série de réussites entamée en août 2025 marque la fin de la phase d’essais à pertes, ou une simple embellie.
FAQ Starship
Quelle est la taille de Starship ?
Environ 121 mètres de haut pour 9 mètres de diamètre, selon SpaceX (juillet 2026) : un booster Super Heavy d’environ 71 m surmonté du vaisseau Ship d’environ 50 m. C’est plus haut que la Saturn V d’Apollo (110,6 m).
Quand a lieu le prochain vol de Starship ?
Le vol Flight 13 est programmé au 20 juillet 2026, date à confirmer, selon Launch Library 2 (relevé du 17 juillet 2026). Les dates de Starship sont fréquemment ajustées ; nous mettons ce dossier à jour après chaque vol.
Combien de vols Starship ont échoué ou explosé ?
Sur les 12 vols d’essai intégrés effectués entre avril 2023 et mai 2026, notre base en classe 4 en échec et 1 en échec partiel, statuts Launch Library 2 (juillet 2026). Plusieurs véhicules ont été détruits en vol, ce qui relève de la méthode d’essais en conditions réelles revendiquée par SpaceX.
Qu’est-ce que le Super Heavy ?
Le Super Heavy est le premier étage de Starship : environ 71 mètres, 33 moteurs Raptor brûlant du méthane et de l’oxygène liquides, selon SpaceX. Il est conçu pour revenir se faire capturer par les bras de sa tour de lancement, ce qui a été réalisé pour la première fois le 13 octobre 2024.
Starship est-il réutilisable ?
Partiellement, à ce stade : le booster Super Heavy a été capturé puis revolé (premier vol d’un booster réutilisé le 27 mai 2025), mais la récupération et la réutilisation du vaisseau Ship restaient à démontrer publiquement début 2026. La réutilisation complète des deux étages est l’objectif annoncé, pas encore l’état démontré du système.
Starship a-t-il déjà atteint l’orbite ?
Les vols d’essai ont volontairement suivi des trajectoires quasi orbitales, avec une vitesse proche de la vitesse orbitale mais une retombée programmée, pour garantir la rentrée du véhicule. C’est un choix de sécurité des essais, documenté dans les communications de SpaceX, et non une limite démontrée du lanceur.