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Astronomie & découvertes

Télescope James Webb (JWST) : le dossier complet

Portrait illustré de Élise Delcourt

Élise Delcourt
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Champ profond du télescope James Webb montrant des milliers de galaxies lointaines, certaines déformées par lentille gravitationnelle. Crédit : NASA/ESA/CSA/STScI.

Le télescope spatial James Webb (JWST) est le plus grand télescope jamais envoyé dans l’espace : un miroir de 6,5 mètres de diamètre, lancé le 25 décembre 2021 depuis Kourou par une fusée Ariane 5, selon la NASA et l’ESA. Il observe l’Univers en infrarouge depuis le point de Lagrange L2, à 1,5 million de kilomètres de la Terre — quatre fois la distance de la Lune. Fruit d’une coopération entre la NASA, l’ESA et l’agence spatiale canadienne (CSA), il a livré ses premières images le 12 juillet 2022. Depuis, il photographie les galaxies les plus lointaines jamais observées, analyse l’atmosphère d’exoplanètes et alimente des centaines d’études chaque trimestre. Ce dossier rassemble sa fiche technique, ses découvertes datées, sa comparaison avec Hubble et notre baromètre maison de son activité scientifique.

Ce dossier est un document vivant de notre rubrique Astronomie & découvertes : nous le mettons à jour à chaque résultat marquant, avec la date de chaque ajout. Dernière mise à jour : 17 juillet 2026. Les pages figées publiées au lancement du télescope vieillissent vite ; celle-ci suit le rythme des publications.

Fiche technique du James Webb

Les chiffres ci-dessous proviennent des fiches officielles de la NASA et de l’ESA. Le miroir principal n’est pas d’un seul bloc : il assemble 18 segments hexagonaux en béryllium recouverts d’une fine couche d’or, repliés pour le lancement puis déployés en vol. Son bouclier thermique de cinq couches, grand comme un court de tennis, maintient les instruments autour de -230 °C.

Caractéristique Valeur Source
Diamètre du miroir principal 6,5 m (18 segments en béryllium dorés) NASA
Lancement 25 décembre 2021, Ariane 5 (Kourou) ESA
Position Point de Lagrange L2, à 1,5 million de km de la Terre NASA
Domaine d’observation Infrarouge, de 0,6 à 28,5 microns NASA
Bouclier thermique 5 couches, environ 21 m × 14 m NASA
Instruments NIRCam, NIRSpec, MIRI, FGS/NIRISS NASA/ESA/CSA
Coût total estimé Environ 10 milliards de dollars NASA (2021)
Premières images scientifiques 12 juillet 2022 NASA

Sa sensibilité donne le vertige : selon la NASA, le télescope pourrait détecter la signature thermique d’un bourdon à la distance de la Lune. C’est l’équivalent de repérer, depuis Paris, la chaleur d’une tasse de café posée à Berlin. Cette finesse s’explique par le froid extrême de ses instruments : toute chaleur parasite aveuglerait un capteur infrarouge.

Ce que Webb a changé, découverte par découverte

Champ profond du télescope James Webb montrant des milliers de galaxies lointaines, certaines déformées par lentille gravitationnelle. Crédit : NASA/ESA/CSA/STScI.
Crédit : NASA/ESA/CSA/STScI — premier champ profond du JWST, amas SMACS 0723

Des galaxies plus précoces que prévu

C’est le résultat le plus discuté. En mai 2024, les équipes du programme JADES ont confirmé la galaxie JADES-GS-z14-0, observée telle qu’elle était environ 290 millions d’années après le Big Bang, selon la NASA et l’ESA. Avant Webb, aucun instrument n’avait confirmé de galaxie aussi ancienne. Ces objets apparaissent plus lumineux et plus massifs que ne le prévoyaient les modèles de formation galactique, ce qui oblige les théoriciens à revoir leurs calculs — sans pour autant remettre en cause le Big Bang lui-même. Pour situer l’ampleur du recensement en cours, notre article combien y a-t-il de galaxies dans l’Univers détaille comment ces comptages sont réalisés.

Des trous noirs supermassifs très tôt dans l’histoire cosmique

Webb a aussi débusqué des trous noirs là où on ne les attendait pas si tôt. En novembre 2023, la combinaison des données du JWST et du télescope à rayons X Chandra a révélé UHZ1, un trou noir supermassif observé environ 470 millions d’années après le Big Bang, selon la NASA. En janvier 2024, une étude parue dans Nature (équipe de Roberto Maiolino) a décrit un trou noir actif au cœur de la galaxie GN-z11. Leur masse, déjà considérable si tôt, interroge : comment ont-ils grossi si vite ? Si la notion vous semble abstraite, notre guide un trou noir, c’est quoi reprend les bases avant d’aborder ces cas extrêmes.

L’atmosphère des exoplanètes, enfin lisible

Dès août 2022, Webb a détecté sans ambiguïté du dioxyde de carbone dans l’atmosphère de la géante gazeuse WASP-39 b — une première, selon la NASA. En mars 2023, une étude publiée dans Nature a mesuré la température de TRAPPIST-1 b, une planète rocheuse de la taille de la Terre, et conclu à l’absence d’atmosphère épaisse. D’autres signaux, comme certaines molécules annoncées autour de K2-18 b, restent débattus dans la communauté : une détection isolée n’est pas une preuve, et plusieurs équipes réanalysent les mêmes spectres avec des conclusions différentes. Nous mettrons cette section à jour quand un consensus se dégagera.

Le système solaire n’est pas oublié

Le télescope ne regarde pas que les confins de l’Univers. En mai 2023, MIRI a mesuré le panache de vapeur d’eau qui s’échappe d’Encelade, une lune glacée de Saturne : il s’étend sur plus de 9 600 kilomètres, soit une vingtaine de fois le diamètre de la lune elle-même, selon l’étude parue dans Nature Astronomy. Webb a aussi photographié les aurores de Jupiter en infrarouge et les anneaux de Neptune, quasi invisibles depuis le passage de Voyager 2 en 1989. Ces images, comme toutes celles du programme, sont diffusées gratuitement par le STScI avec le crédit NASA/ESA/CSA/STScI — nous les reprenons dans le fil d’actualité du site dès leur publication.

JWST vs Hubble : ce qui les sépare vraiment

Webb ne remplace pas Hubble : les deux télescopes n’observent pas la même lumière. Hubble excelle dans le visible et l’ultraviolet ; Webb voit dans l’infrarouge, là où la lumière des objets les plus lointains a été décalée par l’expansion de l’Univers. Ils travaillent d’ailleurs souvent ensemble sur les mêmes cibles.

Critère Hubble James Webb
Diamètre du miroir 2,4 m 6,5 m
Domaine d’observation Ultraviolet, visible, proche infrarouge Infrarouge (0,6 à 28,5 microns)
Orbite Orbite terrestre basse, environ 540 km Point de Lagrange L2, 1,5 million de km
Lancement 24 avril 1990 25 décembre 2021
Maintenance possible Oui (5 missions de navette) Non prévue à cette distance

Chiffres NASA/ESA, consultés en juillet 2026. La position au point L2 explique l’écart de maintenance : Hubble a été réparé cinq fois par des astronautes en orbite basse, alors qu’aucun vaisseau habité n’est prévu pour rejoindre L2. Webb devait donc réussir son déploiement du premier coup — 344 mécanismes dits « à point de défaillance unique », d’après la NASA, tous exécutés sans erreur début 2022.

Comment travaille le télescope

Prépublications arXiv mentionnant JWST, par trimestre425T3 2025429T4 2025369T1 2026473T2 2026
Prépublications arXiv mentionnant JWST, par trimestre (juil. 2025 – juin 2026) — data-viz DNC, comptage via l’API arXiv au 17 juillet 2026.

Depuis L2, le télescope tourne autour du Soleil en restant aligné avec la Terre, son bouclier toujours orienté vers nos sources de chaleur. Quatre instruments se partagent la lumière collectée par le miroir.

NIRCam, la caméra principale

NIRCam couvre le proche infrarouge (0,6 à 5 microns). C’est elle qui produit la plupart des images spectaculaires du télescope, des champs profonds aux pouponnières d’étoiles. Elle sert aussi d’instrument d’alignement : ce sont ses mesures qui ont permis de régler les 18 segments du miroir au nanomètre près, selon la NASA.

NIRSpec, le spectrographe multi-objets

Fourni par l’ESA, NIRSpec décompose la lumière de jusqu’à 200 objets à la fois grâce à un système de micro-obturateurs. C’est l’instrument des distances : c’est lui qui confirme le décalage vers le rouge des galaxies primitives, dont JADES-GS-z14-0 en 2024.

MIRI, l’œil dans l’infrarouge moyen

MIRI observe entre 5 et 28,5 microns, un domaine inaccessible à Hubble. Refroidi à -266 °C par un cryogénérateur dédié, il perce les nuages de poussière où naissent les étoiles et analyse les disques où se forment les planètes. Le quatrième instrument, FGS/NIRISS, fourni par le Canada, assure le guidage fin et complète la spectroscopie.

Le baromètre DNC : l’activité scientifique du JWST, chiffrée

Les pages consacrées au télescope disent souvent qu’il « multiplie les découvertes », sans jamais le mesurer. Nous avons donc construit un indicateur simple : le nombre de prépublications scientifiques mentionnant le JWST déposées sur arXiv, la plateforme où les astrophysiciens publient leurs travaux avant relecture. Nous comptons via l’API publique d’arXiv, sur le titre et le résumé des articles, et nous rafraîchissons ce comptage à chaque mise à jour du dossier.

1 696 prépublications mentionnant le JWST ont été déposées sur arXiv entre juillet 2025 et juin 2026, soit une moyenne de 4,6 par jour (arXiv astro-ph).

Trimestre Prépublications mentionnant « JWST »
Juillet – septembre 2025 425
Octobre – décembre 2025 429
Janvier – mars 2026 369
Avril – juin 2026 473
Total 12 mois 1 696

Comptage DNC via l’API arXiv, effectué le 17 juillet 2026 (requête sur titre et résumé). Le rythme reste remarquablement stable quatre ans et demi après le lancement : plus de quatre études par jour s’appuient sur le télescope ou le citent directement. Le creux de début 2026 correspond en partie au calendrier des cycles d’observation, dont les données arrivent par vagues.

Ce qu’on attend encore

Le carburant du télescope, économisé grâce à la précision du tir d’Ariane 5, devrait permettre environ vingt ans d’opérations, d’après les estimations publiées par la NASA en janvier 2022 — soit un horizon vers 2040. Les grands chantiers ouverts : cartographier les atmosphères des sept planètes de TRAPPIST-1, trancher le débat sur les molécules carbonées de K2-18 b, et comprendre pourquoi les premières galaxies ont grandi si vite.

Ce qu’on ignore encore, et c’est le plus stimulant : personne ne sait si les galaxies précoces trop massives relèvent d’un biais de mesure, d’une formation d’étoiles plus efficace qu’attendu ou d’un ingrédient manquant dans les modèles. Le télescope accumule les indices, pas encore le verdict. Nous mettrons ce dossier à jour à chaque publication qui fera bouger l’une de ces trois questions.

Envie d’observer par vous-même ? Un instrument d’initiation suffit pour voir les anneaux de Saturne depuis un jardin : notre guide du meilleur télescope pour débuter compare les modèles à prix constatés et datés.

FAQ : vos questions sur le James Webb

Où se trouve le télescope James Webb ?

Au point de Lagrange L2, à environ 1,5 million de kilomètres de la Terre, dans la direction opposée au Soleil, selon la NASA. Il n’orbite pas autour de la Terre : il accompagne notre planète autour du Soleil, en décrivant une boucle autour de L2.

JWST, c’est quoi exactement ?

JWST signifie James Webb Space Telescope, du nom d’un ancien administrateur de la NASA. C’est un télescope spatial infrarouge de 6,5 mètres, développé par la NASA avec l’ESA et la CSA, lancé le 25 décembre 2021 et opérationnel depuis juillet 2022.

Où voir les images du James Webb ?

Les images officielles sont publiées librement par le STScI, l’institut qui opère le télescope, ainsi que sur les sites de la NASA et de l’ESA. Elles sont dans le domaine public avec crédit NASA/ESA/CSA/STScI, et nous relayons les plus marquantes dans notre rubrique Astronomie & découvertes.

James Webb remplace-t-il Hubble ?

Non. Hubble observe surtout le visible et l’ultraviolet, Webb l’infrarouge : les deux sont complémentaires et fonctionnent en parallèle. Hubble, lancé en 1990, reste en service en orbite basse.

Combien a coûté le télescope James Webb ?

Environ 10 milliards de dollars au total pour la part américaine, selon la NASA (chiffre 2021), auxquels s’ajoutent les contributions de l’ESA (dont le lancement par Ariane 5) et de la CSA.

Combien de temps le JWST va-t-il fonctionner ?

La mission était garantie 5 ans avec un objectif de 10. Grâce au carburant économisé au lancement, la NASA estimait en janvier 2022 que le télescope pourrait fonctionner environ 20 ans, soit jusque vers 2040.

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