Combien y a-t-il de galaxies dans l’Univers ?
L’Univers observable contiendrait environ 200 milliards de galaxies, selon la révision publiée en 2021 par l’équipe de Tod Lauer à partir des mesures de la sonde New Horizons — loin des 2 000 milliards avancés en 2016 par Christopher Conselice. Nous avons vérifié via l’API arXiv en juillet 2026 : aucune étude n’a publié depuis de nouveau décompte global, et les observations New Horizons de 2024 confirment la mesure de 2021. Si le chiffre varie autant, c’est parce que personne ne compte réellement les galaxies : on les extrapole à partir de minuscules champs profonds, des photographies très longues d’un coin de ciel pas plus grand qu’un grain de sable tenu à bout de bras. Et ce chiffre ne vaut que pour l’Univers observable, une sphère d’environ 46,5 milliards d’années-lumière de rayon : au-delà, l’Univers total reste, littéralement, incomptable.
Pourquoi personne n’a jamais compté les galaxies
Aucun télescope ne peut photographier tout le ciel avec la profondeur nécessaire pour voir les galaxies les plus faibles. La méthode utilisée depuis trente ans est donc statistique : on pointe un instrument très longtemps vers une région du ciel apparemment vide, on compte les galaxies qui apparaissent sur l’image, puis on multiplie par le nombre de fois que cette petite fenêtre tient dans la voûte céleste entière.
C’est l’équivalent d’estimer les grains de sable d’une plage en photographiant le contenu d’un dé à coudre : le résultat dépend entièrement de l’endroit où l’on a plongé le dé, et surtout des grains trop fins pour être visibles sur la photo. Les galaxies naines, peu lumineuses mais très nombreuses, jouent exactement ce rôle de grains invisibles — et c’est sur elles que les estimations divergent.

L’exercice fondateur reste le Hubble Deep Field de 1996 : dix jours de pose sur une zone couvrant un vingt-quatre millionième du ciel, révélant environ 3 000 galaxies là où l’œil ne voyait rien. Ce cliché, crédité NASA/ESA/STScI comme ses successeurs, a fourni la première extrapolation moderne.
Un chiffre qui a changé trois fois en trente ans
La réponse à « combien de galaxies ? » n’est pas un chiffre gravé dans le marbre : c’est une suite d’estimations publiées, chacune avec sa méthode et ses limites. Le tableau ci-dessous les rassemble — c’est ce que les réponses en une ligne omettent presque toujours.
| Année | Équipe / instrument | Méthode | Estimation |
|---|---|---|---|
| 1996 | Hubble Deep Field (NASA/ESA/STScI) | Comptage sur champ profond, extrapolé à tout le ciel | ~100 à 200 milliards |
| 2016 | Conselice et al. (télescope Hubble) | Comptages + fonction de masse pour inclure les naines invisibles | ~2 000 milliards |
| 2021 | Lauer et al. (sonde New Horizons) | Mesure directe de la lumière de fond du cosmos, loin de la poussière du système solaire | ~200 milliards |
| 2024 | Postman et al. (New Horizons) | Nouvelles mesures du fond optique cosmique | Confirme l’ordre de grandeur de 2021 |
Estimations publiées, vérifiées via l’API arXiv (astro-ph) en juillet 2026 : aucune étude plus récente ne propose de nouveau décompte global, y compris à partir des données du James Webb.
Le grand écart de 2016 s’explique simplement. Conselice et son équipe ont raisonné ainsi : puisque les galaxies naines dominent en nombre et que même Hubble n’en voit qu’une fraction aux grandes distances, le vrai total doit être environ dix fois supérieur aux comptages directs. D’où les 2 000 milliards, largement repris dans la presse.
La sonde New Horizons a permis de trancher autrement. Partie vers Pluton, elle a fini par croiser au-delà de 50 unités astronomiques, là où la lumière diffusée par la poussière interplanétaire — qui aveugle les télescopes proches de la Terre — devient négligeable. En 2021, l’équipe de Tod Lauer a mesuré la lumière totale du fond du ciel avec sa caméra LORRI : ce fond est trop faible pour être produit par 2 000 milliards de galaxies. Il correspond plutôt à quelques centaines de milliards, d’où le retour à environ 200 milliards. Les mesures complémentaires publiées en 2024 vont dans le même sens.
200 milliards… dans l’Univers observable seulement
Toutes ces estimations portent sur l’Univers observable : la sphère de ciel dont la lumière a eu le temps de nous parvenir depuis le Big Bang, il y a 13,8 milliards d’années selon la mission Planck de l’ESA. Comme l’espace s’est dilaté pendant le voyage de cette lumière, le rayon actuel de cette sphère atteint environ 46,5 milliards d’années-lumière — et non 13,8.
Au-delà de cet horizon cosmologique, l’Univers continue, mais sa lumière ne nous a jamais atteints. Personne ne sait s’il est dix fois, un million de fois ou infiniment plus grand que la partie observable. Le nombre total de galaxies est donc, par construction, hors de portée de toute mesure : les 200 milliards sont un plancher, pas un inventaire.
Et combien d’étoiles par galaxie ?
La question suit presque toujours la première, et elle souffre du même flou. Pour notre propre galaxie, la Voie lactée, la NASA avance une fourchette de 100 à 400 milliards d’étoiles : on ne les compte pas non plus une à une, on déduit leur nombre de la masse de la galaxie et de la masse moyenne d’une étoile — deux quantités elles-mêmes incertaines, les petites étoiles rouges très discrètes faisant à nouveau office de grains de sable invisibles.
Surtout, la Voie lactée n’est pas représentative. Les galaxies se répartissent en spirales comme la nôtre, en elliptiques géantes qui peuvent dépasser mille milliards d’étoiles, et en naines qui n’en comptent parfois que quelques millions. Or les naines sont de très loin les plus nombreuses : la galaxie « moyenne » de l’Univers est bien plus modeste que la nôtre. Multiplier 200 milliards de galaxies par le nombre d’étoiles de la Voie lactée surestimerait donc largement le total d’étoiles.
Le James Webb a-t-il rebattu les cartes ?
Depuis 2022, le télescope spatial James Webb observe des galaxies à très grand redshift, dont la lumière est partie moins de 400 millions d’années après le Big Bang. Ses champs profonds révèlent des galaxies primordiales plus nombreuses et plus brillantes que ne le prévoyaient les modèles de formation — un vrai casse-tête pour les théoriciens, que nous détaillons dans notre dossier sur ce que le James Webb voit aux confins.
Mais surprise ne veut pas dire recomptage. À notre vérification de juillet 2026, aucune équipe n’a publié de nouvelle estimation du nombre total de galaxies fondée sur les données du Webb. La mesure de New Horizons garde un avantage structurel : elle capte la lumière de toutes les galaxies à la fois, y compris celles qu’aucun télescope ne résout individuellement. Le Webb affine le portrait des galaxies lointaines ; il ne réécrit pas, pour l’instant, leur nombre.
Reste que compter les galaxies n’est qu’une partie de l’histoire : leur formation et leur répartition en amas et en filaments dépendent d’un ingrédient invisible, la matière noire qui structure ces galaxies. Sans elle, les modèles ne fabriquent tout simplement pas assez de galaxies, ni assez tôt. Vous retrouverez l’ensemble de nos articles sur le sujet dans notre rubrique Astronomie & découvertes.
Ce qu’on ignore encore, et qui pourrait tout changer : la nature exacte du léger excès de lumière que New Horizons mesure au-delà de ce que les galaxies connues expliquent. S’il vient de galaxies naines encore jamais détectées, le compte remontera. S’il vient d’autre chose — étoiles arrachées à leurs galaxies, ou phénomène plus exotique — les 200 milliards tiendront. Et quelle que soit l’issue, le nombre de galaxies de l’Univers total, au-delà de notre horizon, restera une question sans réponse possible. Nous mettrons cet article à jour à la prochaine estimation publiée.
FAQ — le nombre de galaxies en trois questions
Pourquoi le chiffre a-t-il changé au fil des années ?
Parce que la méthode a changé. En 1996, on extrapolait un comptage direct sur un champ profond de Hubble (~100 à 200 milliards). En 2016, une correction statistique pour les galaxies naines invisibles a fait grimper l’estimation à ~2 000 milliards. En 2021, la mesure directe de la lumière de fond du cosmos par New Horizons, confirmée en 2024, a ramené le total à environ 200 milliards : le ciel n’est pas assez lumineux pour en contenir dix fois plus.
Combien y a-t-il d’étoiles dans une galaxie ?
Cela va de quelques millions d’étoiles pour les galaxies naines — les plus nombreuses — à plus de mille milliards pour les elliptiques géantes. La Voie lactée en compte entre 100 et 400 milliards selon la fourchette de la NASA, une incertitude due aux petites étoiles trop faibles pour être recensées.
Le James Webb a-t-il changé le compte ?
Non, pas à ce jour (vérification arXiv, juillet 2026). Le Webb a montré des galaxies primordiales plus nombreuses et plus brillantes que prévu aux tout premiers âges de l’Univers, mais aucune étude n’en a tiré de nouvelle estimation du total. La référence reste ~200 milliards de galaxies pour l’Univers observable.