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Lancements & missions

Artemis : le retour sur la Lune expliqué

Portrait illustré de Julien Ferrand

Julien Ferrand
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La capsule Orion d Artemis I photographiée avec la Lune et la Terre en arrière-plan, en novembre 2022

Artemis est le programme de la NASA qui vise à ramener des humains sur la Lune, un demi-siècle après Apollo 17 (décembre 1972). Où en est-il au 17 juillet 2026 ? Artemis I, vol d’essai sans équipage, a contourné la Lune fin 2022. Artemis II a suivi le 1er avril 2026 : quatre astronautes ont effectué un survol libre de la Lune à bord de la capsule Orion, avant un amerrissage réussi dans le Pacifique, selon la NASA et la base Launch Library 2 (consultée le 17 juillet 2026). Le jalon suivant, Artemis III, doit poser deux astronautes près du pôle Sud lunaire : la NASA l’annonce pour la mi-2027 (annonce du 5 décembre 2024), une date à lire au conditionnel tant le calendrier du programme a déjà glissé. Ce dossier passe en revue les missions une par une, les véhicules, le rôle de l’Europe et ce qui peut encore bouger.

Ce dossier fait partie de notre rubrique Lancements & missions, où nous suivons chaque vol du programme.

La capsule Orion d'Artemis I photographiée avec la Lune et la Terre en arrière-plan, en novembre 2022 (crédit NASA)
Crédit : NASA — vol Artemis I, 28 novembre 2022

Pourquoi retourner sur la Lune ?

Les objectifs officiels de la NASA tiennent en trois points : établir une présence durable sur et autour de la Lune, y conduire de la science impossible depuis la Terre, et préparer les techniques nécessaires à un vol habité vers Mars. La différence avec Apollo n’est pas la destination, c’est le verbe : Apollo voulait arriver, Artemis veut rester.

Le choix du pôle Sud lunaire n’a rien d’esthétique. Depuis l’impact de la sonde LCROSS en octobre 2009, la NASA sait que certains cratères polaires, plongés dans une ombre permanente, contiennent de la glace d’eau. De l’eau sur place, c’est potentiellement de quoi boire, respirer (oxygène) et fabriquer des ergols, sans tout apporter de la Terre. Aucune mission Apollo ne s’est posée à plus d’une trentaine de degrés de l’équateur — jamais dans les régions polaires ; personne n’a jamais exploré ces régions polaires au sol.

Le programme comprend aussi la Gateway, une petite station spatiale prévue en orbite lunaire NRHO (une orbite très allongée dont la période est d’environ 6,5 jours), qui servirait de relais entre Orion et la surface. Enfin, le cadre diplomatique existe déjà : les accords Artemis, signés en octobre 2020 par huit pays fondateurs, ont depuis été rejoints par une cinquantaine d’États, dont la France en juin 2022, selon la NASA.

Petit héritage d’Apollo au passage : les réflecteurs laser déposés sur la Lune entre 1969 et 1971 servent encore aujourd’hui à mesurer que notre satellite s’éloigne de la Terre d’environ 3,8 cm par an, d’après la NASA. Nous expliquons ce phénomène dans notre article pourquoi la Lune s’éloigne de la Terre.

Les missions Artemis une par une

Le tableau ci-dessous est notre tableau de bord maison : statuts et dates ont été vérifiés le 17 juillet 2026 sur la base Launch Library 2 et la newsroom de la NASA. C’est la précaution de base sur ce programme : les dates annoncées bougent, et beaucoup de pages francophones affichent encore des calendriers périmés.

Calendrier Artemis, vérifié le — Artemis I : réussie (16 novembre – 11 décembre 2022). Artemis II : réussie, lancée le avec 4 astronautes, amerrissage dans le Pacifique. Artemis III : annoncée pour la mi-2027 par la NASA (annonce du ), non confirmée à ce jour. Artemis IV et V : annoncées pour 2028, calendrier indicatif. Sources : Launch Library 2 (thespacedevs) et NASA.

Mission Équipage Objectif Statut (vérifié le 17/07/2026)
Artemis I Aucun Vol d’essai d’Orion autour de la Lune Réussie — 16 nov. au 11 déc. 2022
Artemis II 4 astronautes Survol habité de la Lune, sans atterrissage Réussie — lancée le 1ᵉʳ avril 2026, amerrissage Pacifique
Artemis III 4, dont 2 en surface Atterrissage au pôle Sud via Starship HLS Annoncée pour la mi-2027 (NASA, 5 déc. 2024)
Artemis IV 4 Gateway + atterrissage, première SLS Block 1B Annoncée pour 2028 (Launch Library 2, 17/07/2026)
Artemis V 4 Gateway + atterrisseur Blue Moon MK2 (Blue Origin) Annoncée pour fin 2028 (Launch Library 2, 17/07/2026)

Artemis I : le vol d’essai (2022)

Lancée le 16 novembre 2022 depuis le pas de tir 39B du Kennedy Space Center, Artemis I a envoyé une capsule Orion vide faire le tour de la Lune pendant 25,5 jours. Le 28 novembre 2022, Orion s’est éloignée jusqu’à 432 210 km de la Terre, selon la NASA : un record pour un vaisseau conçu pour transporter des humains, qui dépassait celui d’Apollo 13 (1970). L’amerrissage a eu lieu le 11 décembre 2022 dans le Pacifique — cinquante ans presque jour pour jour après l’alunissage d’Apollo 17.

Artemis II : le premier vol habité (2026)

Artemis II a décollé le 1er avril 2026 à 22 h 35 UTC, toujours depuis le pas de tir 39B, selon Launch Library 2. À bord de la capsule Orion, baptisée Integrity par son équipage : Reid Wiseman (commandant), Victor Glover (pilote), Christina Koch et le Canadien Jeremy Hansen. La mission a suivi une trajectoire dite de retour libre : le vaisseau contourne la Lune et revient vers la Terre porté par la gravité, sans se mettre en orbite lunaire. Objectif atteint : valider avec un équipage les systèmes qu’Artemis I n’avait pas pu tester, à commencer par le support de vie. L’amerrissage dans le Pacifique a été confirmé réussi. Ce vol a fait de Koch la première femme et de Hansen le premier non-Américain à voyager autour de la Lune.

Pour ne pas manquer les prochains vols du programme, notre guide comment suivre un lancement en direct recense les webcasts officiels et les horaires en heure française.

Artemis III : l’atterrissage annoncé

Artemis III doit être le vol du retour au sol : quatre astronautes partiraient à bord d’Orion, deux descendraient vers le pôle Sud lunaire à bord d’un Starship HLS de SpaceX, pour environ une semaine en surface. La NASA a annoncé le 5 décembre 2024 viser la mi-2027 ; au 17 juillet 2026, Launch Library 2 classe toujours la mission « à déterminer », avec un créneau indicatif au premier semestre 2027. Rappelons que cette mission était initialement annoncée pour 2024, lors du lancement du programme en 2019 : trois glissements plus tard, la prudence s’impose.

Artemis IV et suivantes

Artemis IV, annoncée pour 2028 (calendrier Launch Library 2 au 17 juillet 2026), inaugurerait la version Block 1B du SLS et livrerait le module d’habitation I-Hab à la Gateway avant un nouvel atterrissage. Artemis V, annoncée pour fin 2028, utiliserait l’atterrisseur Blue Moon MK2 de Blue Origin, retenu par la NASA en mai 2023 pour un contrat de 3,4 milliards de dollars. Au-delà, les missions VI et VII n’ont que des dates de principe, autour de 2030-2031.

Les véhicules : SLS, Orion, Starship HLS et les combinaisons

La fusée SLS du programme Artemis sur le pas de tir 39B du Kennedy Space Center (crédit NASA)
Crédit : NASA

Le SLS (Space Launch System) est le lanceur lourd du programme. En version Block 1, il mesure 98 m de haut et délivre 39,1 MN de poussée au décollage — environ 15 % de plus que la Saturn V d’Apollo, selon la NASA — pour envoyer quelque 27 tonnes vers la Lune. La version Block 1B, attendue à partir d’Artemis IV, porterait cette capacité à environ 42 tonnes grâce à un étage supérieur plus puissant.

Orion est la capsule de l’équipage : environ 26,5 tonnes au lancement pour 5 m de diamètre, soit un volume habitable supérieur de moitié à celui de la capsule Apollo. Elle se compose d’un module d’équipage américain (Lockheed Martin) et d’un module de service européen, sur lequel nous revenons plus bas.

Starship HLS est la variante lunaire du vaisseau de SpaceX, choisie par la NASA en avril 2021 pour un contrat de 2,89 milliards de dollars. C’est lui qui doit assurer la descente finale vers la surface pour Artemis III et IV — et c’est aussi le maillon le moins éprouvé de la chaîne, car il exige des ravitaillements en ergols en orbite terrestre avant chaque mission lunaire.

Les combinaisons de sortie extravéhiculaire sont confiées à Axiom Space, retenue en 2022 pour développer l’AxEMU, dérivée des travaux internes de la NASA. Sans combinaisons qualifiées, pas de marche lunaire : leur calendrier pèse autant que celui des fusées.

Le rôle de l’Europe : Orion vole grâce à l’ESA

Vue d'artiste de la station Gateway en orbite lunaire, avec ses modules pressurisés (crédit NASA)
Crédit : NASA/KSC
Frise du programme Artemis, statuts au 17 juillet 2026Artemis Iréussie · 12/2022Artemis IIréussie · 04/2026Artemis IIIannoncée 2027Artemis IVannoncée 2028
Frise du programme Artemis — statuts vérifiés le 17 juillet 2026 (NASA/Launch Library 2) ; les missions annoncées (points clairs) restent susceptibles de glisser.

C’est le point que les sources américaines survolent : sans l’Europe, Orion ne va nulle part. Le module de service européen (ESM), fourni par l’ESA et assemblé par Airbus Defence and Space à Brême, assure la propulsion, l’électricité, l’eau et l’air de la capsule. Chaque ESM embarque 33 moteurs, du propulseur principal aux petites tuyères d’orientation, selon l’ESA. Les modules des missions I et II ont volé et fonctionné ; les suivants sont en production à Brême.

Ce n’est pas un contrat commercial mais un troc : l’ESA fournit les modules de service et deux éléments de la Gateway — le module d’habitation I-Hab et le module ESPRIT (communications et ravitaillement), construits chez Thales Alenia Space — en échange de trois sièges pour des astronautes européens vers la station lunaire. Aucun nom ni aucune date de vol européen n’étaient confirmés au 17 juillet 2026. Le CNES, de son côté, participe via les contributions françaises à l’ESA.

Artemis face à Apollo : ce qui change vraiment

Rappel des faits, pour mesurer le chemin : entre juillet 1969 et décembre 1972, douze hommes ont marché sur la Lune. Les derniers, Eugene Cernan et Harrison Schmitt (Apollo 17), y ont passé trois jours en décembre 1972, près de l’équateur, sur la face visible. Depuis, plus personne.

La comparaison technique est moins écrasante qu’on le croit. La Saturn V mesurait 110,6 m et envoyait environ 43 tonnes vers la Lune, plus que le SLS Block 1 actuel et ses 27 tonnes : en capacité translunaire brute, la fusée de 1967 garde l’avantage. La différence est ailleurs. Apollo posait tout son matériel en un vol ; Artemis répartit les rôles entre un lanceur (SLS), une capsule (Orion), un atterrisseur réutilisable (Starship HLS ou Blue Moon), une station relais (Gateway) et des partenaires internationaux et commerciaux. Une architecture plus lente à mettre en place, mais pensée pour durer — c’est du moins le pari.

Côté budget, les ordres de grandeur se ressemblent : Apollo a coûté environ 260 milliards de dollars de 2020, selon l’estimation de la Planetary Society ; pour Artemis, l’inspecteur général de la NASA (OIG) projetait en novembre 2021 quelque 93 milliards de dollars de dépenses cumulées entre 2012 et 2025, avec un coût d’environ 4,1 milliards de dollars par lancement SLS-Orion pour les quatre premières missions.

Ce qui peut encore bouger

Trois dossiers concentrent l’incertitude. Le premier est le Starship HLS : la NASA identifie depuis 2023 la démonstration du transfert d’ergols en orbite comme un prérequis d’Artemis III, et chaque campagne d’essais de SpaceX pèse directement sur la date de l’atterrissage. Le deuxième est l’équipement : combinaisons Axiom et véhicules de surface doivent être qualifiés à temps. Le troisième était le bouclier thermique d’Orion, dont le matériau Avcoat s’était érodé de façon inattendue au retour d’Artemis I ; la NASA a tranché le 5 décembre 2024 en faisant voler Artemis II avec une trajectoire de rentrée modifiée — et le vol d’avril 2026 s’est conclu par un amerrissage réussi.

Notre règle sur ce dossier reste inchangée : aucune date future n’est écrite ici à l’indicatif. Le calendrier ci-dessus sera mis à jour à chaque annonce officielle de la NASA ou de l’ESA, avec la date de l’annonce en regard. Ce qu’on ignore encore, au fond, tient en une ligne : si la cadence d’un vol par an environ, jamais tenue par le programme jusqu’ici, est réellement atteignable.

Questions fréquentes sur le programme Artemis

Quand des astronautes remarcheront-ils sur la Lune ?

La NASA annonce l’atterrissage d’Artemis III pour la mi-2027 (annonce du 5 décembre 2024, toujours en vigueur au 17 juillet 2026). Cette date a déjà glissé trois fois depuis 2019 : elle reste conditionnelle, notamment à la disponibilité du Starship HLS et des combinaisons.

Qui a volé sur Artemis II ?

Quatre astronautes ont contourné la Lune du 1ᵉʳ avril 2026 à l’amerrissage dans le Pacifique : Reid Wiseman (commandant), Victor Glover (pilote), Christina Koch et Jeremy Hansen (Agence spatiale canadienne), à bord de la capsule Orion Integrity.

Qu’est-ce que la fusée SLS ?

Le Space Launch System est le lanceur lourd de la NASA : 98 m de haut et 39,1 MN de poussée en version Block 1, pour environ 27 tonnes envoyées vers la Lune. La version Block 1B, prévue à partir d’Artemis IV, monterait à environ 42 tonnes.

Pourquoi le programme s’appelle-t-il Artemis ?

Artémis est, dans la mythologie grecque, la sœur jumelle d’Apollon — un clin d’œil au programme Apollo. Le nom annonce aussi l’objectif affiché par la NASA de faire marcher la première femme sur la Lune.

Combien coûte le programme Artemis ?

L’inspecteur général de la NASA projetait en novembre 2021 environ 93 milliards de dollars de dépenses cumulées entre 2012 et 2025, et un coût d’environ 4,1 milliards de dollars par lancement SLS-Orion pour les quatre premières missions. Il n’existe pas de chiffrage officiel plus récent couvrant tout le programme.

Observer la Lune vous-même

En attendant les prochaines missions, la Lune reste la cible la plus simple du ciel : des jumelles suffisent pour voir les mers et les grands cratères. Pour l’observer confortablement, y compris en phase gibbeuse très lumineuse, consultez notre guide des filtres lunaires et solaires.

Article rédigé le 17 juillet 2026. Sources de suivi : newsroom et blogs de la NASA, ESA, Launch Library 2 (thespacedevs), rapports OIG et GAO. Mise à jour à chaque annonce officielle datée.


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