Aller au contenu
Dernières Nouvelles du CosmosDNCDERNIÈRES NOUVELLES DU COSMOS
Système solaire

Pourquoi Pluton n’est plus une planète

Portrait illustré de Élise Delcourt

Élise Delcourt
astronomie-decouvertes,systeme-solaire

Pluton photographiée par la sonde New Horizons de la NASA en juillet 2015, avec sa région claire en forme de cœur
Four images from NASA's New Horizons were combined with color data from the Ralph instrument to create this global view of Pluto. (The lower right edge of Pluto in this view currently lacks high-resolution color coverage.)

Pluton n’est plus une planète depuis le 24 août 2006, date à laquelle l’Union astronomique internationale (UAI) a adopté à Prague sa résolution B5. Ce texte définit une planète par trois critères : elle orbite autour du Soleil, sa gravité lui donne une forme quasi sphérique, et elle a « nettoyé le voisinage de son orbite ». Pluton remplit les deux premiers, mais pas le troisième : elle partage sa région, la ceinture de Kuiper, avec des milliers d’objets comparables. L’UAI l’a donc reclassée dans une catégorie créée le même jour, celle des « planètes naines », aux côtés de Cérès et d’Éris. Ce n’est ni une punition ni une erreur corrigée : c’est la conséquence d’une définition devenue nécessaire quand on a découvert, en 2005, un objet aussi gros que Pluton. Nous détaillons ci-dessous les trois critères, la chronologie complète de 1930 à 2015, et ce que la sonde New Horizons a changé au débat.

Ce qui s’est joué à Prague le 24 août 2006

Jusqu’en 2006, le mot « planète » n’avait jamais été défini officiellement. On en comptait neuf par tradition, pas par démonstration. La 26e assemblée générale de l’UAI, réunie à Prague, a voté le dernier jour la résolution B5, qui fixe pour la première fois une définition. Seuls les membres encore présents en séance ont participé au vote, soit quelques centaines d’astronomes : ce détail nourrit encore aujourd’hui les contestations sur la légitimité de la décision.

Le texte adopté crée deux catégories distinctes. Une planète satisfait les trois critères. Une planète naine n’en satisfait que deux : elle tourne autour du Soleil et sa forme est sphérique, mais elle n’a pas fait le ménage sur son orbite. Pluton bascule dans la seconde catégorie, et le système solaire passe officiellement de neuf à huit planètes.

Les trois critères de l’UAI, un par un

Critère 1 : orbiter autour du Soleil

Aucun problème pour Pluton. Elle boucle son orbite en 248 ans environ, sur une trajectoire inclinée et allongée qui la fait passer, par moments, plus près du Soleil que Neptune. C’est inhabituel pour une planète classique, mais le critère ne demande qu’une chose : tourner autour du Soleil, pas autour d’une autre planète. Validé.

Critère 2 : avoir une forme sphérique

Validé également. Avec ses 2 376 km de diamètre selon la NASA, Pluton est assez massive pour que sa propre gravité l’ait modelée en boule : c’est ce qu’on appelle l’équilibre hydrostatique. Pour situer, la Lune mesure 3 474 km de diamètre : Pluton en fait à peine plus des deux tiers, mais cela suffit largement pour être ronde.

Critère 3 : avoir nettoyé son voisinage orbital — là où tout coince

C’est ici que Pluton échoue. Une planète, au sens de l’UAI, doit dominer gravitationnellement sa zone : au fil du temps, elle a absorbé, éjecté ou mis sous tutelle tous les corps qui croisaient sa route. C’est l’équivalent d’un videur qui a nettoyé sa piste de danse : la Terre, Jupiter ou Neptune règnent seules sur leur orbite, à quelques objets capturés près. Pluton, elle, danse au milieu de la foule. Son orbite traverse la ceinture de Kuiper, un anneau de corps glacés au-delà de Neptune qui compte des milliers d’objets recensés, dont plusieurs approchent sa taille. Pluton ne représente qu’une petite fraction de la masse totale qui circule dans sa région : elle n’a rien nettoyé du tout.

Pluton en couleurs vraies, photographiée par la sonde New Horizons de la NASA en juillet 2015, avec sa région claire en forme de cœur (Tombaugh Regio)
Crédit : NASA/Johns Hopkins University Applied Physics Laboratory/Southwest Research Institute

La chronologie complète : de la découverte au survol

La rétrogradation de 2006 n’est pas tombée du ciel. Elle conclut 76 ans d’observations qui ont, découverte après découverte, rétréci le statut de Pluton. Voici la frise que nous avons reconstituée à partir des archives de la NASA et de l’UAI.

Date Événement Ce que ça change pour Pluton
18 février 1930 Clyde Tombaugh découvre Pluton à l’observatoire Lowell (Arizona) Neuvième planète, accueillie comme telle
1978 James Christy découvre Charon, sa lune principale La masse réelle de Pluton se révèle bien plus faible qu’estimé
1992 Premier objet de la ceinture de Kuiper détecté (hors Pluton) Pluton n’est plus seule dans sa région
Juillet 2005 L’équipe de Mike Brown annonce Éris, quasi jumelle de Pluton et plus massive qu’elle Soit Éris devient la 10e planète, soit il faut une définition
24 août 2006 Résolution B5 de l’UAI, votée à Prague Pluton reclassée « planète naine »
14 juillet 2015 La sonde New Horizons (NASA) survole Pluton à environ 12 500 km Un monde géologiquement actif, mais le statut ne change pas

Le déclencheur direct, c’est Éris. Découverte en 2005 dans la ceinture de Kuiper par Mike Brown et son équipe, elle mesure environ 2 326 km de diamètre selon la NASA — un peu moins que Pluton — mais elle est plus massive d’environ un quart. Impossible de garder Pluton planète sans accorder le même titre à Éris, puis à toute la file d’objets similaires qui attendaient derrière. L’UAI a préféré fermer la porte et créer une catégorie dédiée.

Ce que New Horizons a changé en 2015 — et ce qu’elle n’a pas changé

Le 14 juillet 2015, la sonde New Horizons de la NASA a survolé Pluton à environ 12 500 km d’altitude, après neuf ans et demi de voyage. Les images ont surpris tout le monde : glaciers d’azote de la plaine Sputnik, montagnes de glace d’eau, brumes atmosphériques, indices d’un possible océan sous la surface. Pluton s’est révélée géologiquement vivante, loin de la boule de glace inerte qu’on imaginait.

Ces découvertes ont relancé le débat, mais pas modifié le classement, et pour une raison simple : la richesse géologique d’un corps n’entre dans aucun des trois critères de l’UAI. New Horizons a prouvé que Pluton est un monde fascinant ; elle n’a pas prouvé qu’elle avait nettoyé son orbite. Les partisans d’une « définition géophysique » — dont Alan Stern, responsable scientifique de la mission — s’appuient précisément sur ce point pour contester la résolution B5 : selon eux, tout corps assez gros pour être sphérique mérite le nom de planète, quel que soit son voisinage.

Pluton et sa lune Charon vues par New Horizons, montrant la différence de taille et de couleur entre les deux corps
Crédit : NASA/Johns Hopkins University Applied Physics Laboratory/Southwest Research Institute

Où est Pluton en ce moment — et peut-on la voir ?

D’après le service d’éphémérides Miriade de l’IMCCE (Observatoire de Paris), interrogé le 17 juillet 2026, Pluton se trouve dans la constellation du Capricorne, à 34,6 unités astronomiques de la Terre — environ 5,2 milliards de kilomètres — avec une magnitude apparente de 15,0. Son élongation de 169° indique qu’elle passe tout près de son opposition annuelle, sa meilleure période d’observation de l’année.

« Meilleure » reste très relatif : à magnitude 15, Pluton est environ 1 600 fois trop faible pour l’œil nu et hors de portée des jumelles comme des petites lunettes. Il faut un télescope d’au moins 250 à 300 mm d’ouverture, un ciel bien noir et plusieurs nuits de patience pour l’identifier, en la voyant se déplacer d’une nuit à l’autre parmi les étoiles. Si l’exercice vous tente, notre guide pour débuter l’observation du ciel explique par quoi commencer avant de s’attaquer à ce genre de défi.

Les cinq planètes naines reconnues

En juillet 2026, l’UAI reconnaît officiellement cinq planètes naines : Cérès, Pluton, Hauméa, Makémaké et Éris. Quatre d’entre elles orbitent dans la ceinture de Kuiper ou au-delà. Cérès fait exception : elle circule dans la ceinture d’astéroïdes, entre Mars et Jupiter, et son histoire de classement — promue planète en 1801, rétrogradée astéroïde, puis requalifiée planète naine en 2006 — annonce presque trait pour trait celle de Pluton. Nous la racontons dans notre article sur la ceinture d’astéroïdes. D’autres candidates, comme Sedna ou Quaoar, attendent que leur forme soit confirmée pour rejoindre la liste. Vous trouverez les portraits des huit planètes restantes dans notre rubrique Système solaire.

Questions fréquentes

Quand Pluton a-t-elle cessé d’être une planète ?

Le 24 août 2006, par le vote de la résolution B5 lors de la 26e assemblée générale de l’UAI à Prague. Pluton a été planète pendant 76 ans, de sa découverte en 1930 à cette date.

Pluton pourrait-elle redevenir une planète ?

Seule l’UAI pourrait modifier sa propre définition, et aucune révision n’est à l’ordre du jour. Le débat scientifique reste ouvert — la définition géophysique défendue par une partie des planétologues redonnerait le titre à Pluton, et à des dizaines d’autres corps —, mais en l’état, le classement de 2006 tient toujours.

Quelle est la taille de Pluton par rapport à la Lune ?

Pluton mesure 2 376 km de diamètre, contre 3 474 km pour la Lune, selon les fiches de la NASA : notre satellite est près d’une fois et demie plus large. Pluton est même plus petite que six autres lunes du système solaire, dont Titan et Europe.

Peut-on voir Pluton avec un télescope amateur ?

Oui, mais difficilement. Avec sa magnitude de 15,0 relevée en juillet 2026 (éphéméride IMCCE), il faut au minimum un télescope de 250 mm, un ciel sans pollution lumineuse et une carte précise. On ne voit alors qu’un point, identifiable à son déplacement sur plusieurs nuits.

Ce qu’on ignore encore

La définition de 2006 a tranché un classement, pas clos la science. On ignore toujours si l’océan soupçonné sous la surface de Pluton existe bel et bien, combien d’objets de taille comparable se cachent encore dans la ceinture de Kuiper — chaque recensement en ajoute —, et si la définition de l’UAI survivra telle quelle à la découverte des systèmes exoplanétaires, qu’elle ne couvre pas. Le critère du « nettoyage orbital » lui-même n’a jamais reçu de seuil chiffré officiel : les astronomes utilisent des indicateurs de domination gravitationnelle qui donnent tous le même verdict pour Pluton, mais le texte de Prague reste, sur ce point, volontairement flou. Nous mettrons cet article à jour si l’UAI rouvre un jour le dossier.

Poursuivre

À lire dans la même rubrique