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Astronomie & découvertes

Exoplanètes : où en est la recherche

Portrait illustré de Élise Delcourt

Élise Delcourt
astronomie-decouvertes,systeme-solaire

Vue d'artiste d'une exoplan\u00e8te rocheuse en orbite autour de son \u00e9toile \u2014 cr\u00e9dit NASA (vue d'artiste, pas une photographie)

Une exoplanète est une planète en orbite autour d’une autre étoile que le Soleil. Au 17 juillet 2026, le NASA Exoplanet Archive — la base de référence mondiale — en recense 6 324 confirmées, un chiffre que nous avons extrait de l’archive le jour même de la rédaction de ce dossier. La première détection autour d’une étoile semblable au Soleil ne date que de 1995 : en trente ans, la discipline est passée de la chasse aux géantes gazeuses à l’analyse d’atmosphères de mondes rocheux. Ce dossier fait le point : combien de planètes on connaît réellement, comment on les trouve, quels systèmes concentrent les efforts, ce que le mot « habitable » veut dire — et ne veut pas dire —, ce que le télescope James Webb a changé, et ce qui manque encore. Le compteur ci-dessous est réactualisé à chaque révision de la page ; la date affichée fait foi.

6 324 exoplanètes confirmées au . Source : NASA Exoplanet Archive, table des planètes confirmées, interrogée en juillet 2026.

Vue d'artiste comparant les tailles des huit planètes du système Kepler-90, découvertes par le télescope spatial Kepler, à celles du Système solaire
Vue d’artiste — Crédit : NASA/Ames Research Center/Wendy Stenzel

Combien d’exoplanètes a-t-on découvertes ?

Le décompte officiel s’établit donc à 6 324 planètes confirmées au 17 juillet 2026, selon le NASA Exoplanet Archive. Beaucoup de pages en français affichent encore des compteurs vieux de plusieurs années ; c’est pourquoi nous interrogeons directement la base à chaque mise à jour de ce dossier, plutôt que de recopier un chiffre de seconde main. Le rythme reste soutenu : toujours d’après l’archive, 245 planètes ont été validées sur l’ensemble de 2025, et 236 l’étaient déjà pour 2026 à la mi-juillet.

Une mission écrase toutes les autres dans ce tableau : le télescope spatial Kepler, lancé par la NASA en 2009 et arrêté en 2018. L’archive lui attribue 2 784 planètes, plus 549 pour sa mission prolongée K2 — soit, à lui seul, plus de la moitié du total. Son successeur TESS, en service depuis 2018, en compte 910 à la même date. Les grands observatoires au sol complètent le tableau : 309 planètes pour La Silla au Chili (ESO) et 69 pour l’Observatoire de Haute-Provence, là où tout a commencé.

Que raconte ce recensement ? D’abord que les planètes sont banales : les analyses statistiques tirées de Kepler concluent, selon la NASA, que notre galaxie compte en moyenne au moins une planète par étoile. Ensuite que le type de planète le plus courant n’existe pas chez nous : les « sous-Neptunes », intermédiaires entre la Terre et Neptune, dominent le catalogue alors que le système solaire n’en possède aucune. Enfin, que ce recensement est biaisé, et il faut le dire : la méthode des transits repère surtout des planètes proches de leur étoile, à période courte. Les jumelles de la Terre, sur des orbites d’un an, passent encore largement sous le radar — le compteur mesure ce que nos instruments savent voir, pas ce qui existe.

La répartition par méthode de détection, extraite de la même base à la même date, montre à quel point deux techniques dominent :

Transit 4 667 (73,8 %)
Vitesses radiales 1 195 (18,9 %)
Microlentille 281 (4,4 %)
Imagerie directe 98 (1,5 %)
Autres méthodes 83 (1,3 %)

Données : NASA Exoplanet Archive, requête du 17 juillet 2026. « Autres » regroupe notamment les variations de chronométrage (transits, pulsars) et l’astrométrie.

Comment détecte-t-on une exoplanète ?

On ne photographie presque jamais une exoplanète : on la déduit. Les deux méthodes qui totalisent plus de 92 % des découvertes sont indirectes, et c’est ce qui rend l’exercice si délicat.

Le transit : une ombre infime

Quand une planète passe devant son étoile, vue depuis la Terre, la luminosité de l’étoile baisse d’une fraction de pourcent, à intervalles réguliers. C’est l’équivalent de guetter, depuis l’autre rive d’un lac, la lumière d’un phare pour y repérer le passage d’un moucheron : la baisse existe bel et bien, mais il faut un photomètre d’une patience et d’une précision extrêmes pour la mesurer. Kepler et TESS ont été construits exactement pour cela, et la méthode signe 4 667 des planètes confirmées à ce jour.

Les vitesses radiales : une étoile qui tangue

Une planète ne tourne pas autour d’une étoile immobile : les deux corps tournent autour de leur centre de masse commun. L’étoile oscille donc légèrement, et cette oscillation décale ses raies spectrales — c’est l’effet Doppler. Les spectrographes de La Silla ou de Haute-Provence mesurent des variations de vitesse de l’ordre du mètre par seconde, une allure de piéton, sur une étoile située à des dizaines d’années-lumière.

Les méthodes rares

La microlentille gravitationnelle (281 planètes) exploite l’amplification passagère de la lumière d’une étoile lointaine par le champ gravitationnel d’un système qui passe devant elle. L’imagerie directe (98 planètes) reste réservée aux géantes jeunes, chaudes et éloignées de leur étoile. Nous détaillons chaque technique, instruments et limites à l’appui, dans notre article dédié : comment détecte-t-on une exoplanète ?

Trois systèmes qui structurent la recherche

Sur 6 324 planètes, quelques-unes concentrent une part démesurée du temps de télescope. Trois cas résument l’histoire et l’état du domaine — tous les faits ci-dessous sont datés et sourcés, comme le reste de notre rubrique Astronomie & découvertes.

51 Pegasi b (1995) — la première exoplanète détectée autour d’une étoile de type solaire, par Michel Mayor et Didier Queloz depuis l’Observatoire de Haute-Provence, avec la méthode des vitesses radiales. Une géante gazeuse qui boucle son orbite en un peu plus de quatre jours : personne n’attendait un « Jupiter chaud » aussi près de son étoile, et les modèles de formation planétaire ont dû être revus. Cette découverte a valu à ses auteurs le prix Nobel de physique 2019.

TRAPPIST-1 (2017) — sept planètes de taille terrestre autour d’une naine rouge ultrafroide située à environ 40 années-lumière, selon l’annonce publiée dans Nature en février 2017 par l’équipe de Michaël Gillon (Université de Liège) avec la NASA. Trois à quatre de ces planètes orbitent dans la zone habitable de l’étoile. C’est le système compact le mieux étudié à ce jour, et une cible prioritaire du télescope James Webb.

Vue d'artiste des sept planètes du système TRAPPIST-1, tailles à l'échelle, alignées devant leur étoile naine rouge ultrafroide
Vue d’artiste — Crédit : NASA/JPL-Caltech

Proxima Centauri b (2016) — une planète autour de l’étoile la plus proche du Soleil, à 4,24 années-lumière, annoncée en août 2016 par une équipe utilisant les instruments de l’ESO. Sa masse minimale, affinée à environ 1,2 fois celle de la Terre par le spectrographe ESPRESSO (résultats ESO publiés en 2020), en fait la planète potentiellement rocheuse la plus proche de nous — et la cible naturelle de tout futur projet de sonde interstellaire.

Système Année Distance Pourquoi il compte
51 Pegasi b 1995 ≈ 50 années-lumière Première détection autour d’une étoile de type solaire ; Nobel 2019
TRAPPIST-1 2017 ≈ 40 années-lumière Sept planètes rocheuses, dont 3 à 4 en zone habitable
Proxima Centauri b 2016 4,24 années-lumière La planète potentiellement rocheuse la plus proche du Soleil

« Habitable » : ce que le mot veut dire — et ne veut pas dire

La zone habitable désigne la région autour d’une étoile où une planète pourrait maintenir de l’eau liquide en surface, à condition de disposer d’une atmosphère adéquate. C’est un critère d’orbite et de température d’équilibre, rien de plus. Une planète « en zone habitable » n’est donc ni habitée, ni même nécessairement hospitalière : dans notre propre système, Vénus frôle cette zone et son sol dépasse pourtant 450 °C sous une atmosphère écrasante.

Les limites de cette zone dépendent d’ailleurs des modèles de climat utilisés : selon les hypothèses retenues sur les nuages ou la composition de l’air, une même planète peut entrer ou sortir de la zone habitable d’une publication à l’autre. Le terme décrit donc un potentiel théorique, pas un constat d’observation.

Le cas des naines rouges, qui hébergent TRAPPIST-1 comme Proxima b, illustre la prudence nécessaire. Ces étoiles sont petites et froides, donc leur zone habitable est très proche — si proche que les planètes y présentent probablement toujours la même face à leur étoile, comme la Lune face à la Terre. Elles subissent aussi des éruptions stellaires fréquentes, capables d’éroder une atmosphère sur le long terme. Est-ce rédhibitoire ? Les modèles divergent, et seules les observations d’atmosphères trancheront. En l’état, aucune exoplanète n’a été confirmée comme réellement habitable, encore moins habitée — et toute affirmation contraire relève de l’extrapolation, pas de la science publiée.

Ce que le télescope James Webb a changé

Lancé en décembre 2021, le télescope spatial James Webb (JWST) a fait passer le domaine de la détection à la caractérisation. Lorsqu’une planète transite, une part infime de la lumière de l’étoile traverse son atmosphère ; en décomposant cette lumière, le JWST identifie les molécules qui s’y trouvent. La démonstration a été faite dès août 2022 avec la détection nette de dioxyde de carbone dans l’atmosphère de la géante WASP-39 b, publiée dans Nature — une première pour une exoplanète.

Spectre de transmission de l'exoplanète WASP-39 b obtenu par le spectrographe NIRSpec du télescope spatial James Webb, montrant le pic d'absorption du dioxyde de carbone (CO2) autour de 4,3 microns
Crédit : NASA, ESA, CSA, Leah Hustak (STScI), Joseph Olmsted (STScI)

Le même instrument a aussi montré les limites de l’exercice. En avril 2025, une équipe de l’Université de Cambridge a annoncé un signal attribué au sulfure de diméthyle dans l’atmosphère de K2-18 b, une sous-Neptune scrutée par le JWST depuis 2023 ; plusieurs réanalyses indépendantes ont contesté la robustesse statistique du signal dans les mois qui ont suivi. À ce jour, aucune biosignature — aucun indice chimique de vie — n’a été confirmée sur une exoplanète. Le JWST ne « voit » pas la vie : il mesure des molécules, et l’interprétation de ces molécules fait précisément l’objet du débat scientifique en cours.

Et dans notre ciel ?

Aucune exoplanète n’est visible à l’œil nu ni dans un télescope d’amateur : ces mondes sont des milliards de fois moins lumineux que leur étoile. En revanche, plusieurs étoiles hôtes se repèrent facilement — 51 Pegasi elle-même est accessible à l’œil nu sous un bon ciel, dans la constellation de Pégase. Savoir distinguer ce qui brille dans la nuit reste d’ailleurs le premier réflexe à acquérir : notre guide différence entre étoile et planète à l’œil nu donne les critères simples.

Et si l’observation vous tente, les planètes de notre propre système solaire, elles, sont à la portée du moindre instrument : Jupiter, Saturne et ses anneaux, les phases de Vénus. Notre comparatif quel télescope pour observer les planètes ? passe en revue le matériel adapté, budget par budget.

Ce qu’on cherche encore

Les chantiers des prochaines années sont clairement identifiés. La mission européenne PLATO, dont le lancement est prévu fin 2026 selon l’ESA, doit chercher des planètes rocheuses en orbite longue autour d’étoiles semblables au Soleil — la configuration Terre-Soleil, précisément celle qui échappe encore aux relevés actuels, trop courts ou trop peu sensibles. Au sol, l’Extremely Large Telescope de l’ESO, en construction au Chili, visera l’analyse directe de la lumière de planètes proches comme Proxima b.

Et voici, honnêtement, ce qu’on ignore encore. On ne connaît aucune vraie jumelle de la Terre — même taille, même orbite, autour d’une étoile comparable au Soleil — dont la masse et l’atmosphère auraient été mesurées. On n’a confirmé aucune exolune, alors que notre système solaire en compte des centaines. On ne sait pas si les planètes des naines rouges conservent une atmosphère. Et aucune biosignature n’a résisté à l’examen contradictoire. La question « sommes-nous seuls ? » reste, en juillet 2026, une question ouverte — c’est exactement pour cela que ce dossier sera remis à jour.

FAQ — vos questions sur les exoplanètes

Qu’est-ce qu’une exoplanète, en une phrase ?

Une exoplanète est une planète qui orbite autour d’une autre étoile que le Soleil, en dehors de notre système solaire.

Combien d’exoplanètes ont été découvertes ?

6 324 exoplanètes confirmées au 17 juillet 2026, selon le NASA Exoplanet Archive interrogé à cette date. Le chiffre augmente chaque semaine ; ce dossier est réactualisé à chaque révision.

Quelle est l’exoplanète la plus proche de la Terre ?

Proxima Centauri b, à 4,24 années-lumière, annoncée en 2016 grâce aux instruments de l’ESO. Sa masse minimale vaut environ 1,2 fois celle de la Terre (mesures ESPRESSO, ESO, 2020).

Une planète en zone habitable est-elle habitable ?

Pas nécessairement. La zone habitable indique seulement qu’une eau liquide de surface est possible si l’atmosphère s’y prête. Ni l’atmosphère, ni l’habitabilité réelle, ni a fortiori la présence de vie n’ont été confirmées pour aucune exoplanète à ce jour.

Peut-on voir une exoplanète avec un télescope amateur ?

Non : elles sont beaucoup trop peu lumineuses. On peut en revanche observer certaines de leurs étoiles hôtes, et bien sûr les planètes du système solaire avec un instrument modeste.

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